10/07/2026
par Hélène Hernandez • le 7 juillet 2026
Le Blues du Blues
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Nous avons connu Thierry à la fin des années 1970 lorsqu’il était encore à l’Alliance syndicaliste. Quelques-un·es d’entre nous étions à la CNT-F de la Tour d’Auvergne, certains à la CNT des Vignoles, ou déjà à la Fédération anarchiste ou à l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) et d’autres encore à l’Alliance syndicaliste comme Thierry Porré, Jacky Toublet et Serge Aumeunier. Ensemble, nous formions la Coordination nationale anarcho-syndicaliste (CNAS). Outre des rencontres politiques pour développer l’anarcho-syndicalisme dans les divers syndicats (CGT, CFDT, FO), une des actions marquantes de la période fut en 1979 la mobilisation pour l’abstention aux premières élections européennes, avec affichage de rues. Et, nous avons eu idée de former un Groupe anarcho-syndicaliste parisien, GASPAR, le petit nom pour évoquer les rats parisiens qui pullulent : les correcteurs n’étaient pas passés par là, car ils auraient fait remarquer qu’il manquait le « d » du gaspard en question.
Thierry en 1991
Mais nous nous rendions compte avec la campagne électorale présidentielle qu’il nous fallait nous rassembler dans l’organisation qui nous semblait la plus importante en France, et qui de plus projetait de créer une radio libre. Nous étions en avril 1981, dans une rencontre de la CNAS, au cours de laquelle il fut évoquer la création d’émissions syndicales, sur une plage horaire très tôt le matin, car les travailleurs et travailleuses se lèvent tôt ! Finalement, à sept, nous avons demandé à entrer à la Fédération anarchiste, d’autant que quelques années auparavant, la Fédération avait accepté la notion « lutte de classes ». Le groupe Pierre Besnard était né et se positionna sur le 19e arrondissement car quartier populaire où plusieurs d’entre nous habitions dont Thierry ! Les sept premiers larrons étaient : Jean-Michel Damien, Léa Grisard, Hélène Hernandez, Hugues Lenoir, Pascal Nünberg, Thierry Porré et Jacky Toublet, dont trois militants de l’Alliance syndicaliste mais sept militants anarcho-syndicalistes à la CGT, à la CNT ou à la CFDT. Dès la création en septembre 1981 de Radio libertaire, nous avons débuté deux émissions par semaine, les Chroniques syndicales, le mardi vers 18 h et le samedi midi. Et les Chroniques syndicales ne furent jamais matinales, très vite, elles prirent le créneau 11 h 30-13 h 30 le samedi.
Le groupe Pierre Besnard se revendiqua dès lors du courant anarcho-syndicaliste, très à l’aise dans la Fédération synthésiste. Aussi, avec le groupe Berthot-Lepetit, il fut à l’initiative de la création de la Coordination des militants syndicaux de la Fédération anarchiste avec un bulletin Le Courrier, réalisé notamment par Christian Véron, et les militant·es partagèrent leurs luttes relayées tant par Radio libertaire que le Monde libertaire.
Le souvenir le plus prégnant de Thierry, c’est son infatigable disponibilité pour le Monde libertaire, la confection, la correction, l’écriture d’articles, l’appel à plumes... Toujours présent au local de fabrication du Monde libertaire, rue de Crimée puis je le voyais passer dans ma rue les samedis et les dimanches quand le Monde libertaire déménagea vers République. Il y était, aussi, bien d’autres jours. Autre souvenir, c’est sa capacité à évoquer les divers événements historiques ou auxquels il avait participé comme la longue grève du Parisien libéré, il était intarissable. Et puis ce sont ses accords-désaccords avec Jacky Toublet : ensemble durant des décennies, ils étaient au Syndicat des correcteurs CGT, lui secrétaire au labeur, et au groupe inter-ateliers, coordonnant tous les métiers, Jacky au secrétariat général du Syndicat des correcteurs, par rotation : un rôle différent pour chacun, un ancrage ouvrier fort pour Thierry, une posture plus intellectuelle pour Jacky, quelques frictions mais une solidarité dans le syndicat !
Quant à l’émission Blues en liberté sur Radio libertaire, sûr qu’il était un fin connaisseur, très remarqué dans le milieu musical et intarissable aussi. Le choix par l’émission Chroniques syndicales de l’indicatif Le blues du syndicalisme chanté par François Béranger est un joli clin d’œil à Thierry !
Pendant de longues années, au sein du groupe Pierre Besnard, puis au groupe Salvador Segui, nous avons apprécié ses qualités humaines et son humour, même si souvent il taquinait gentiment les féministes sur leur militantisme. Il nous téléphonait régulièrement encore. Quarante-cinq années après, je reste la seule des sept qui ont créé en 1981 le groupe Pierre Besnard, militant toujours dans le groupe, certain·es sont parti·es créer d’autres groupes, ou vers d’autres ailleurs, et Thierry a tiré sa révérence, le blues nous envahit…
Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard