08/06/2026
Théâtre de l’Olivier : la privatisation n’est pas une économie, ni pour la collectivité, ni pour les usagers.
Dans son interview à La Marseillaise, Robin Prétot ouvre clairement la porte à une autre forme de gestion du futur Théâtre de l’Olivier.
À la question :
« Une privatisation ? Une délégation de service public ? »
il répond :
« Ça peut être une délégation de service public ou un modèle un peu hybride. »
Cette phrase est lourde de sens.
Car derrière la polémique sur le coût du chantier, il ne faudrait pas qu’un autre projet avance discrètement : celui d’un changement de modèle culturel, avec une possible sortie de la logique de régie publique.
Soyons clairs : la privatisation n’est pas synonyme d’économie.
Elle ne garantit pas une économie pour la collectivité.
Elle ne garantit pas une économie pour l’usager.
Elle ne garantit pas un meilleur service public culturel.
Trop souvent, on présente la DSP ou les modèles hybrides comme des solutions miracles : moins de dépenses publiques, plus d’efficacité, moins de contraintes.
Mais dans la réalité, une gestion privée ou semi-privée doit aussi être financée.
Le délégataire doit couvrir ses charges, ses frais de structure, ses risques, et souvent dégager une marge.
Au final, l’économie annoncée peut se transformer en trois choses :
➡️ une contribution publique qui demeure importante avec peu de possibilité de contrôle pour la collectivité ;
➡️ une hausse des tarifs pour les spectateurs ;
➡️ une programmation plus rentable, mais moins accessible, moins audacieuse, moins tournée vers les habitants.
Autrement dit, ce que la collectivité pense économiser peut être payé autrement : par les usagers, par les associations, par les scolaires, par les artistes locaux, ou par l’affaiblissement de l’ambition culturelle.
Oui, il faut de la transparence sur le coût du Théâtre de l’Olivier.
Oui, il faut comprendre les hausses, les choix techniques, les marchés, les délais et les responsabilités.
Oui, il faut maîtriser l’argent public.
Mais non, cette exigence légitime ne doit pas servir de prétexte à une privatisation de la culture.
Comparons avec d’autres villes de strate proche :
Albi, environ 50 000 habitants, a porté le Grand Théâtre dans une opération culturelle et urbaine majeure à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Bastia, environ 47 000 habitants, engage la rénovation de son théâtre municipal et de son conservatoire autour de 32 millions d’euros.
Istres, environ 44 000 habitants, porte un théâtre structurant dont le coût est important, mais qui reste dans les ordres de grandeur de projets culturels comparables.
La vraie question n’est donc pas seulement :
combien coûte le théâtre ?
La vraie question est :
à qui voulons-nous confier la culture demain ?
À Istres, le Théâtre de l’Olivier doit rester un équipement public, inscrit dans une logique de service public culturel, au sein de la régie Scènes & Cinés.
Scènes & Cinés, ce n’est pas seulement une structure de gestion. C’est un outil public territorial.
Il permet une programmation accessible, exigeante, populaire, en lien avec les artistes, les écoles, les associations, les habitants et les communes du territoire.
Une salle de théâtre ne peut pas être pensée comme un simple centre de profit.
Elle n’est pas une coquille à louer.
Elle n’est pas une machine à vendre des dates.
Elle n’est pas un produit culturel à rentabiliser.
Elle est un lieu d’émancipation, de transmission, de rencontre, de création et de vie collective.
Confier demain le Théâtre de l’Olivier à une DSP ou à un modèle hybride mal défini, ce serait ouvrir la porte à une logique de rentabilité : choix de spectacles plus commerciaux, hausse possible des tarifs, réduction de la place faite aux pratiques amateurs, aux scolaires, aux associations, à la création locale et aux formes culturelles moins rentables mais essentielles.
Nous devons donc être très clairs :
✅ Transparence sur le chantier : oui.
✅ Maîtrise des coûts : oui.
✅ Contrôle démocratique : oui.
❌ Privatisation de la culture : non.
❌ DSP présentée comme solution miracle : non.
✅ Maintien dans une logique de régie publique avec Scènes & Cinés : oui.
Le Théâtre de l’Olivier doit rester un bien commun.
La culture n’est pas une marchandise.
Elle est un service public.
Et à Istres, elle doit le rester.