28/07/2023
La Ville Tanet : l’histoire d’une propriété au travers de ses occupants
Située aux confins de la paroisse (devenue commune) de Landéhen, la propriété de la Ville Tanet a évolué au fil des siècles, à l’instar des familles qui l’occupèrent et la firent prospérer. D’une maison puissante, de par ses illustres occupants, au délabrement le plus total au début du XXIème siècle, la demeure a traversé toutes les époques.
Voici, en quelques lignes, l’histoire de ce patrimoine.
Les origines : Landéhen & la Ville Tanet
A l’instar de la paroisse de Landéhen, qui est intimement liée à la famille DE MAUNY, la propriété de la Ville Tanet, doit son développement aux familles successives : les DE LA VIGNE, les DE LA BOUEXIERE, les POULAIN DE MAUNY, les DE FERRON, puis plus récemment aux familles BOSCHER, EURY puis BEREZINA.
Landéhen, est une paroisse qui trouve ses origines dès la période néolithique. A l’époque romaine, le territoire était traversé par une voie romaine, qui passait – déjà - par le hameau de Mauny. Plus t**d, de la période franque, la paroisse conserva le nom de certains villages comme la Ville Tanet, la Ville Commault ou la Ville Méen. D’un point de vue religieux, la paroisse connu une évolution sensible : rattachée à l’évêché de Dol (35) jusqu’à la Révolution, elle fut, à partir de 1801, rattachée à celui de St Brieuc (22). D’ailleurs, son territoire ne fut pas toujours celui que nous connaissons actuellement et il ne fut définitivement fixé qu’en 1829, suite aux derniers échanges de parcelles avec la paroisse de Maroué. Si la Ville Tanet est située aux confins de la commune, son rattachement à une autre paroisse ne fut jamais avancé. En effet, comme nous le verrons plus t**d, la maison noble de la Ville Tanet a très tôt été liée à la puissante famille de Mauny, famille illustre de Landéhen.
Jusqu’au XIXe siècle, Landéhen fut le fief de la famille de Mauny (également écrit Maulny). Cette famille compte parmi les plus anciennes de Bretagne. Elle a fondé sur le territoire de la commune un château (devenu aujourd’hui une habitation), continuellement habité par la même famille qui s’illustra tant aux guerres de succession de Bretagne (XIVe – avec Gautier de Mauny), qu’à l’aventure coloniale (XVIIIe) ou à la vie communale (XIXe – Maire de Landéhen).
De son côté, la Ville Tanet, située à la limite des communes de St Trimoël et de Bréhand, tient ses origines les plus anciennes aux alentours du XVe siècle. La propriété est certainement plus ancienne, toutefois, les actes indiquent avec certitude une acquisition en 1453, par la famille DE LA BOUEXIERE, à la famille DE LA VIGNE.
Composée d’un logis imposant avec son corps, son puits, ses dépendances, la propriété se modifia au cours des siècles. Si la chapelle a aujourd’hui disparu, la demeure conserve une belle dimension et garde fière allure au milieu de la campagne bretonne. Malgré les affres de la Révolution, le rabaissement d’un étage (ou plus), le martellement des blasons, des pièces maîtresses sont toujours conservées telles des cheminées, des portes majestueuses, ou encore la charpente. Cette dernière est remarquable. Elle témoigne d’une finesse de réalisation et d’une qualité de construction rarement égalées. Les décors, le travail « d’orfèvre » sur la charpente, ne se retrouvent que sur 3 autres châteaux encore existants, tels ceux de Blois, de ### et de ###, c’est dire la puissance passée de la famille qui passa commande auprès des maîtres charpentiers de l’époque, pour une simple maison noble.
Les occupants de la Ville Tanet jusqu’à la Révolution
La famille DE LA VIGNE
Aux origines se retrouve avec certitude la famille DE LA VIGNE. Aussi loin que remontent les archives ou les actes notariés, les arrêts de réformation (= preuves de noblesse), il est toujours indiqué que la propriété de la Ville Tanet dépendait de la famille DE LA VIGNE. Le plus ancien propriétaire connu est Bertrand DE LA VIGNE (vers 1390 / 1452) fils de LE BORGNE Luce (décédée en 1422), décrit comme Sieur (seigneur) de la Ville Tanet. Il était l’époux d’Isabelle (Isabeau) DU GOURAY, puis Jehanne (Jeanne) DE LA GOUBLAYE (à noter que ses deux épouses ne sont peut-être qu’une seule et même personne).
Il eut une fille prénommée Jehanne (Jeanne) DE LA VIGNE (vers 1420/1477), dénommée dans les actes, « dame de la Ville Tanet », qui épousa Roland DE LA BOUEXIERE (1407/1480). C’est d’ailleurs au bénéfice de ce dernier – et de sa descendance – que la propriété changea de main en 1453, postérieurement au décès de Bertrand DE LA VIGNE. D’un point de vue généalogique, il y a tout lieu de penser que cette famille DE LA VIGNE est la même que celle basée sur la paroisse maritime de Matignon (22), mais à ce stade des recherches, l’incertitude demeure.
Le 27/09/1453, la Ville Tanet, passa de la famille DE LA VIGNE à la famille DE LA BOUEXIERE, par un acte d’achat devant le notaire du lieu. Bertrand DE LA VIGNE, vend la Ville Tanet qui se compose alors d’un manoir, d’un moulin, d’un hôtel et d’une maison, à son gendre Roland DE LA BOUEXIERE, sieur de la Rivière et à sa fille Jehanne DE LA VIGNE. Le couple s’y installe et quitte son précédent lieu d’habitation, situé sur Cramaignan (attesté en 1426, 1440, 1460 lors des actes de réformation et du paiement de la dîme).
Ce dernier était Ecuyer, Sieur des Fermes, Sieur de la Ville Tanet. Il épousa sa cousine, Marguerite DE LA BOUEXIERE, avec laquelle il partageait les mêmes arrières grands parents (Guillaume DE LA BOUEXIERE et Hélène DE TREMAUDAN). Sa v***e, Marguerite DE LA BOUEXIERE, décède en 1795 à Lamballe. V***e de son époux prédécédé, elle recueille l’usufruit des propriétés dès 1780. Pour preuve, dans les différents actes ou elle apparaît en qualité de témoin (1740 / 1766 / 1790 et d’autres), elle signe systématiquement DE LA BOUEXIERE DE LA VILLE TANET. Par ailleurs, le registre du « contrôle des actes de sépultures » de 1795, la dénomme BOUEXIERE, v***e LA VILLE TANET. La confusion, post Révolution, volontairement ou involontairement, des noms et possessions des personnes nobles, nous confirme ici, l’appartenance du bien à cette famille pendant de nombreux siècles. Toutefois, en 1795, au décès de Marguerite DE LA BOUEXIERE, le registre mentionne des biens immobiliers sur Lamballe, aucun sur Landéhen. La Ville Tanet a donc changé de mains entre 1790 et 1795, soit en pleine période révolutionnaire.
De la période révolutionnaire aux débuts du XXe siècle
L’hypothèse de la branche cadette : la famille POULAIN DE MAUNY
Toussaint DE LA BOUEXIERE et son épouse Marguerite, ont eu plusieurs enfants : Marguerite (1744/1768), épouse de Guy TRANCHANT (1735/1794) ; Joseph Louis (1745) ; Adélaïde Marie (1750/1768). La descendance TRANCHANT n’est jamais mentionnée comme propriétaire de la Ville Tanet, ni dans les actes, ni dans les titres, ni dans les dénominations de ses membres lors des baptêmes, mariages ou décès. De ce fait, la propriété a forcément échu à une autre branche de la famille.
L’hypothèse retenue – et très vraisemblable - est la suivante : Marie Jeanne DE LA BOUEXIERE (1718/1739), sœur aînée de Toussaint DE LA BOUEXIERE (1723/1780), épouse Joseph POULAIN DE MAUNY (1712/1788). Elle est successivement appelée demoiselle puis dame de La Ville Tanet. Elle décède jeune, à 21 ans, après avoir donné naissance à deux jeunes filles. Sœur aînée de Toussaint DE LA BOUEXIERE, l’héritage, en ligne directe, lui revient à elle puis à sa descendance. Remarié à Françoise MILLION (1723/1770), Joseph POULAIN DE MAUNY aura une descendance très nombreuse : 16 enfants.
Son premier fils, René POULAIN DE MAUNY (1741/1782) épousa Marie Victoire ARNAULT (née vers 1744), dame de la Biardais. Ils eurent au moins 7 enfants dont 6 filles, dont la 1ère épousa son oncle, César Auguste POULAIN DE MAUNY. En tant que fils aîné, René POULAIN DE MAUNY était seigneur de Mauny. Postérieurement le titre s’il perdura (non certain en cette période révolutionnaire), le fut au bénéfice de son benjamin, César Auguste POULAIN DE MAUNY (propriétaire au moment de sa mort, en 1847, du château de Mauny sur Landéhen).
Son second fils, François Marie POULAIN DE MAUNY (1749/1816), s’engage dans la marine du Roi. Il devint lieutenant de vaisseau et parti pour les Caraïbes. Il se marie en 1785, en Martinique, en la paroisse de Rivière Pilote avec Marie Anne Catherine CARREAU DU HARROC. C’est à cet ancêtre que l’on doit le nom du célèbre rhum « La Mauny ». En effet, son union avec la famille CARREAU DU HARROC, famille de planteurs martiniquais, assura la richesse à la famille DE MAUNY, via le commerce de la canne à sucre. En 1820, la production de sucre qui était jusque-là, la principale activité du domaine en complément de la fabrication de tafta, fut complétée par la production de rhum agricole élaboré à partir jus frais des cannes à sucre de la propriété. A noter que la propriété martiniquaise acquis une certaine puissance locale, car en 1883, les héritiers de la famille TASCHER DE LA PAGERIE, dont l’illustre fille Marie Josèphe Rose, mieux connue sous le nom de Joséphine DE BEAUHARNAIS, souhaitèrent acquérir le domaine aux héritiers du Comte DE MAUNY, sans succès. Plus t**d, avant 1923, la propriété échoit aux frères Théodore et Georges BELLONNIE.
De cette union POULAIN DE MAUNY / CARREAU DU HARROC naît notamment, Marie Josèphe POULAIN DE MAUNY (1786/1865) épouse de Joseph Georges Gabriel ROUXEL DE LESCOUET (1784/1832), dont sera issue Marie Louise Sévère ROUXEL DE LESCOUET (1816/1892), future épouse d’Amédée de FERRON (1808/1891) et mère du Général Henri César Amédée de FERRON (1847/1930), propriétaire de la Ville Tanet.
Pour confirmer cette hypothèse il est intéressant de noter la présence du prénom César / Césarine, qui traverse les générations. Il est possible que cette branche ait hérité directement ou indirectement de la Ville Tanet, qui fut gérée par les branches collatérales durant leurs longs séjours en Martinique (à minima de 1785 à 1816). Après le décès en 1816 de François POULAIN DE MAUNY sur l’île, la naissance de sa petite-fille Marie Louise Sévère ROUXEL DE LESCOUET, la famille semble rentrer définitivement sur le continent, en pays de Lamballe, sur leurs terres. Branche cadette, il serait logique qu’ils aient bénéficié d’une propriété secondaire de la famille POULAIN DE MAUNY, à savoir non pas le château de MAUNY dévolu à la branche principale (puis par mariage de l’oncle avec la nièce, à la branche cadette), mais d’une autre demeure, à savoir le manoir de la Ville Tanet.
La famille DE FERRON DE LA VAIRIE : des propriétaires non occupants
A compter de 1881 (et très certainement avant), la propriété échoit à Henri César Amédée de FERRON (1847/1930), militaire, général de division et propriétaire terrien. Sa qualité de propriétaire de la Ville Tanet est rappelée dans de nombreuses sources telles que le bail du 20/12/1881, signé devant l’étude notariale sise à Lamballe, qui atteste, qu’à cette date, a minima, la famille DE FERRON était propriétaire de La Ville Tanet. La même indication est confirmée dans les baux suivants entre la famille FERRON DE LA VAIRIE et leurs locataires successifs les LANGLAIS puis BOSCHER les 20/12/1881, 16/03/1889, 29/11/1900, 19/09/1908 ou encore le 24/10/1918. Notons que la période 1795/1840 ne disposant d’aucun recensement, ni d’aucune indication sur les éventuels habitants, la famille LANGLAIS n’y réside pas avec certitude. Le bien est-il vacant, ne prodiguant aucuns revenus, peu probable. Les propriétaires supposés, présents aux Antilles, devaient en avoir laissé la gestion à une branche collatérale comme indiqué précédemment.
A la suite de son père, Marie Aline Yvonne DE FERRON DE LA VAIRIE (1884/1966), épouse le vicomte Louis de SAYSSET (1882/1980) et devient propriétaire de la Ville Tanet. Cette propriété est attestée dans différents actes notariés ou baux dont celui du 24/08/1964 entre Madame la vicomtesse de SAYSSET et les époux BOSCHER. Au décès, sans postérité, des époux DE SAYSSET, leurs biens sont transmis en totalité à leur neveu, Pierre DE FERRON (fils de son frère, Hervé DE FERRON DE LA VAIRIE).
Pierre DE FERRON (1923/2017), confirme les dispositions antérieures dans des baux à destination des époux BOSCHER. Il épousera Jacqueline PEROUSE DE MONTCLOS (1923/2017). S’ils restent propriétaires de terres aux alentours du domaine de la Ville Tanet, aujourd’hui, la famille DE FERRON ne dispose plus de la propriété.
L’époque contemporaine : les XXe et XXIe siècles
La famille LANGLAIS
La famille LANGLAIS, est présente à minima dès 1840 au lieu-dit de la Ville Tanet en tant que locataires (comprendre ici métayers). A cette époque, les propriétaires sembleraient être Amédée DE FERRON (1808/1891) et son épouse Marie Louise Sévère ROUXEL DE LESCOUET (1816/1892), rentrés des Antilles depuis, a minima 1837, mais certainement avant.
La famille LANGLAIS n’a jamais été propriétaire de La Ville Tanet, mais elle a transmis le métayage à une branche cadette, la famille BOSCHER. En effet, Charles LANGLAIS (1817/1883) eut plusieurs enfants, dont Césarine LANGLAIS (1849) qui épouse Pierre BOSCHER (1852) le 20/11/1887. Si l’on note la référence au prénom du propriétaire Henri César Amédée de FERRON dans le choix du prénom de l’enfant, Césarine, il est certain que leur descendance habita tout au long de leur vie à la Ville Tanet.
La famille BOSCHER
Pierre BOSCHER (1852) et Césarine LANGLAIS (1849) eurent plusieurs enfants dont Guihen BOSCHER (1889/1967) époux de Marie CORNILLET (1900/1986). Ce couple et leurs enfants vécurent à la Ville Tanet en tant que métayers puis, leurs enfants suivirent le même destin. Pierre BOSCHER (1923/2002), devint propriétaire de la Ville Tanet et y réalisa divers agrandissements, réaménagements, comme notamment la création des étangs.
La famille EURY
Raymond EURY (1937/2022), acquit la propriété aux époux BOSCHER le 24/09/1998 par acte notarié passé devant l’étude de Me MORVAN, notaire à Lamballe. L’acte rappelle que la propriété, les étangs, appartiennent à la famille EURY, mais de nombreuses parcelles agricoles environnantes restent la propriété de la famille DE FERRON.
La famille BEREZINA
Désormais, depuis l e 03/05/2018, le domaine de la Ville Tanet appartient à Mme Yulia BEREZINA / REMEZOVA.
La propriété a été achetée dans un état de délabrement très avancé : si les toitures tenaient encore debout malgré tempêtes et infiltrations, les planchers n’avaient pas résistés.
C’est dans un but de préservation historique, que Mme REMEZOVA a acquis cette propriété et l’a rénové pour sauver ce bijou historique breton. Désormais, un gîte vous permet de vivre au cœur même de la propriété pour la découvrir et profiter de cet environnement calme et serein.
Si de grands travaux restent à réaliser, le gros œuvre et la décoration inhérente ont déjà été effectués, redonnant à la Ville Tanet son lustre d’antan.
Nous remercions de tout cœur Frédéric le Moine pour le travail exceptionnel des recherches et le texte formidable sur l'historique de La Ville Tanet