13/10/2026
Lettre ouverte aux habitants de la Haute Cornouaille
Quelques pluies ne suffisent pas à sortir de la crise
Ces derniers jours, il a plu.
Après des mois de sécheresse, revoir l’eau tomber, sentir l’humidité revenir et voir les sols se mouiller peut naturellement donner le sentiment que la situation commence enfin à rentrer dans l’ordre.
Pourtant, la situation ne s’améliore pas, bien au contraire.
Le Finistère reste placé en situation de crise sécheresse, le niveau le plus élevé du dispositif réglementaire. Les quelques précipitations enregistrées au cours des dernières semaines ont parfois fait remonter très ponctuellement le débit des cours d’eau, mais elles n’ont pas inversé la tendance générale. À la fin du mois de septembre, le Département constatait encore des niveaux globalement bas ou très bas dans les rivières et une poursuite de la baisse des nappes souterraines.
En septembre, le déficit de précipitations atteignait encore 61 % à Quimper-Pluguffan. Dans le même temps, les températures moyennes du mois dépassaient de 2,8 °C les normales saisonnières sur cette station.
Les nappes donnent une image encore plus nette de la situation : au 30 septembre, les 16 piézomètres suivis dans le Finistère présentaient tous des niveaux inférieurs aux normales de saison. Onze étaient classés « très bas », trois « bas » et deux « modérément bas ». Pour une majorité d’entre eux, les niveaux étaient inférieurs à ceux observés en 2022 à la même époque et avaient dépassé les minima mensuels jusque-là enregistrés.
En Haute Cornouaille, cette situation est très préoccupante. Le dernier bulletin départemental identifie quatre ressources en très forte tension : Moguerou à Saint-Thois, Kerforc’h à Trégourez, Ty ar Galant à Leuhan et Combout à Saint-Goazec. Il précise également que des opérations de citernage ne sont pas exclues.
Sur le bassin de l’Aulne, qui nous concerne directement, les indicateurs sont également alarmants. Fin septembre, le débit de l’Hyères mesuré à Trébrivan était de 0,09 m³ par seconde, alors que le dixième de son débit moyen est de 0,45 m³ par seconde. La retenue Saint-Michel, stratégique pour le soutien de l’Aulne, était quant à elle remplie à seulement 14 % de son volume utile mobilisable au 28 septembre, avec un débit d’objectif d’étiage abaissé au débit de crise.
Voilà où nous en sommes.
Et pourtant, ces derniers jours, nous avons par exemple vu une façade être nettoyée à grande eau.
Cet exemple résume simplement le malentendu auquel nous sommes collectivement confrontés : puisqu’il a plu, l’eau serait revenue.
Elle n’est pas revenue.
La pluie que nous voyons tomber et la recharge durable d’une rivière, d’une retenue ou d’une nappe sont deux réalités différentes. Le Département constate que chaque épisode pluvieux provoque actuellement une hausse très ponctuelle du débit des cours d’eau, sans interrompre la baisse des nappes.
Dans le nord du Finistère, où les tensions sont également extrêmes, les gestionnaires estiment qu’il faudrait de l’ordre de 200 mm de précipitations répartis sur un mois pour commencer à reconstituer réellement certaines réserves. Cette estimation concerne le système de l’Élorn et du Drennec, mais elle donne une idée de l’ampleur des précipitations durables désormais nécessaires pour sortir certains territoires de la situation actuelle.
C’est aussi pour cette raison que les restrictions préfectorales restent pleinement applicables. Dans le Finistère, le lavage des véhicules et des bateaux demeure interdit et le nettoyage des façades, terrasses, toitures et murs est également interdit. Ces mesures concernent l’ensemble des usagers du réseau d’eau potable.
Nous savons que beaucoup d’entre vous font déjà attention depuis des mois : douches plus courtes, robinets fermés pendant le savonnage, machines remplies avant utilisation, récupération d’eau, recherche des fuites, abandon temporaire de certains usages.
Ces efforts comptent réellement.
Le que nous avons lancé cet été reposait sur un principe très simple : économiser 10 litres d’eau par personne et par jour. À l’échelle des quelque 15 000 habitants de la Haute Cornouaille, cela représente potentiellement 150 000 litres préservés chaque jour, plus d’un million de litres en une semaine.
Aujourd’hui, ce défi reste pleinement d’actualité. Il prend même une importance nouvelle.
Car nous entrons dans une période où la question n’est plus seulement celle d’une sécheresse estivale. Nous sommes en octobre et certaines ressources continuent de baisser. À l’échelle du Finistère, plusieurs producteurs préparent déjà des mesures exceptionnelles comme le citernage ou d’autres solutions de secours.
Selon les projections dont nous disposons pour la Haute Cornouaille, si les consommations et l’état des ressources évoluent au rythme actuel et si des précipitations suffisamment importantes ne surviennent pas, le risque de difficultés d’alimentation en eau potable devient réel à partir du début du mois de novembre.
C’est cette perspective que nous voulons partager avec vous aujourd’hui, sans dramatiser et sans l’atténuer.
Les habitants, les entreprises, les agriculteurs, les communes, les équipements publics et la Communauté de communes puisent tous, directement ou indirectement, dans des réserves qui disposent aujourd’hui de moins en moins de marge.
La CCHC poursuit de son côté le suivi quotidien des ressources, les ajustements entre réseaux et la préparation des solutions permettant de sécuriser autant que possible l’alimentation en eau potable. Mais aucune infrastructure ne peut créer une eau qui n’est plus présente dans le milieu naturel.
Notre capacité à traverser les prochaines semaines dépend donc aussi d’une donnée très simple : la vitesse à laquelle nous consommons ce qui reste disponible.
Nous ne vous demandons pas un effort que nous considérerions extérieur à nous-mêmes.
Nous sommes tous concernés.
Nous pouvons tous différer le lavage d’une voiture, d’un mur ou d’une terrasse. Nous pouvons tous repérer quelques litres inutiles dans une journée. Nous pouvons tous continuer à jouer le jeu encore un peu.
La pluie reviendra. Les cours d’eau remonteront. Les nappes se rechargeront progressivement.
Mais aujourd’hui, nous n’y sommes pas encore.
Et chaque litre que nous préservons maintenant nous donne collectivement un peu plus de temps.
Marguerite Bleuzen
Présidente de la Communauté de communes de Haute Cornouaille
Yvon Coquil
Vice-président délégué à l’eau et à l’assainissement
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💧 Eau potable et assainissement : qui fait quoi en Haute Cornouaille ?
Depuis le 1er janvier 2025, la Communauté de communes de Haute Cornouaille exerce deux compétences à l’échelle de ses 11 communes : l’eau potable et l’assainissement collectif.
Concrètement, la compétence eau potable concerne la production de l’eau, son traitement, son stockage et son acheminement jusqu’aux usagers.
La compétence assainissement collectif concerne quant à elle la collecte des eaux usées, leur transport jusqu’aux ouvrages de traitement et leur épuration avant retour au milieu naturel.
La CCHC organise ces deux services et en assure le suivi. Sur le terrain, leur exploitation est assurée, selon les communes et les contrats en place, par différents opérateurs, notamment Veolia, Saur et le Syndicat des Eaux du Poher.
Pour l’usager, le fonctionnement quotidien peut donc continuer à faire intervenir un opérateur différent selon sa commune, tandis que la compétence et son organisation relèvent de la Communauté de communes.
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🙏 Merci de partager largement cette publication afin qu’elle puisse être vue par le plus grand nombre et que chacun dispose des mêmes informations sur la situation actuelle de l’eau sur notre territoire.