02/10/2026
Tir de bazooka depuis l’Hôtel des sapins
Le Ménil 6 octobre 1944
À midi, la 3e compagnie rejoint le reste du 1er bataillon sur la Tête du Géant.
Elle repart presque immédiatement avec le reste du régiment à la lisière nord-ouest du village du Ménil.
La mission du régiment est d'assurer la défense du village et d'appuyer la compagnie déjà aux prises avec l'ennemi dans la localité.
Deux chars ont été signalés au nord du village. Le peloton antichar de la 3e compagnie est envoyé au contact.
Le pourvoyeur bazooka Esnard couvre avec succès son équipe dans sa progression, il est blessé, mais continue de servir sa pièce.
Le groupe arrive enfin jusqu'au restaurant « Les Sapins » au nord du village.
Trois blindés débouchent dans leur secteur. Le premier se poste au niveau des premières maisons du Ménil.
De sa position en hauteur, il prend le village sous ses feux.
Le second blindé, couvert par le premier, descend jusqu'au coin nord du cimetière où il s'embusque. Il couvre toute la rue en enfilade jusqu'à l'église. La situation devient critique pour les chasseurs-parachutistes en faible effectif dans le village.
La rue principale est intenable : les renforts ne peuvent déboucher et les chemins de repli sont sous le feu.
L'équipe antichar du sergent-chef Provost est prise au piège du restaurant. Les chasseurs ne peuvent sortir.
Le chasseur Eugène Marmara, tireur au bazooka M1, prend alors la décision de tirer depuis la salle à manger du restaurant !
C'est très osé, car une longue flamme sort de l'arrière de la pièce au départ du coup.
Ses pourvoyeurs se mettent à couvert. Le premier tir ricoche sur la tourelle dépassant au-dessus du mur du cimetière. L'équipe bazooka de Marmara doit se rapprocher et trouve un accès au système souterrain d'évacuation des eaux usées et suit la direction du courant. Les chasseurs-parachutistes débouchent dans une petite mare à ciel ouvert en face du cimetière et en contrebas de la route principale. Ils se remettent en position et ouvrent à nouveau le feu. Le véhicule s'enflamme.
L'équipage est contraint d'évacuer. De l'autre côté de la rue juste en face du restaurant sur une volée de marches, le chasseur-parachutiste Marcel Fuchs ne laisse aucune chance aux occupants du blindé qui évacuent. Ils sont abattus l'un après l'autre.
16 octobre 1944
L’assaut de la côte 1008 avec la 6e compagnie
Ils avaient du mal à distinguer les Allemands sous leur uniforme verdâtre dans le brouillard et la bruine.
Cancel que rien n’encombrait allait rapidement de l’avant sans attendre les autres.
Il avait crié « je l’ai repéré ! » et il avait attaqué le mitrailleur à la Gammon juste avant de tomber à son tour, victime peut-être de sa propre gr***de . Un éclat de métal frappe l'officier en pleine jambe, et lui sectionne l'artère fémorale.
Le chasseur Bonneau se porte à sa hauteur et lui place un garrot de fortune en haut de la cuisse. Le sang ne cesse de couler malgré les efforts de ses hommes qui tentent de faire un tourniquet avec une branche et d'appuyer sur l'artère avec une pierre.
« Son visage avait perdu toute couleur. Le garrot avait glissé.
Nous avons essayé de le refaire, coupant la jambe de son pantalon jusqu'à la botte. Le bouffant de son pantalon s'est alors brusquement vidé d'un flot de sang.
Malgré le nouveau garrot, le sang rouge vif ne s'arrête pas ». L'aspirant Rostelder, inquiet de se retrouver dans une position vulnérable, relance une patrouille pour que son groupe ne reste pas immobile. Quelques hommes veillent leur chef de peloton.
Son radio prend le temps de noter ses dernières paroles :
« Je meurs pour la France, je laisse une femme chérie, dites à mes parents de l’aider.
J'ai travaillé, j'ai fait mon possible pour la France et je meurs pour elle.
Je vous ai bien engueulé vous "la mitraille" !
Mais je vous aimais bien quand même !
Croyez en Dieu, aimez-vous les uns les autres : ne faites pas la guerre civile ! …
Je meurs ! Que c'est dur de mourir, la France, ma femme chérie, mes parents. »
Ils ont donné leur vie au pied de cette montagne.
Donnons-leur une heure de notre dimanche.
Dimanche 4 octobre à 10h30 sur le site de la côte 1008.
Sources: article de Guillaume Morelli, magazine 39/45 Nov/dec 2024