29/09/2026
Comment une personne profondément aimée peut-elle devenir, dans notre monde intérieur, une figure persécutrice ?
C’est l’un des phénomènes relationnels particulièrement troublants que permet de penser Harold Searles.
Il arrive que certains affects, conflits ou représentations de soi deviennent psychiquement si difficiles à reconnaître qu’ils soient projetés sur l’autre.
Dans l’expérience paranoïde, l’autre peut alors devenir persécuteur parce qu’il est amené à porter, dans le monde extérieur, des affects et des parties de soi que le sujet ne peut reconnaître comme lui appartenant.
L’amant peut ainsi progressivement se trouver investi de ce qui est difficilement tolérable à l’intérieur de soi : agressivité, hostilité, intentions menaçantes, désir d’emprise, danger…
Ce qui appartient en partie au monde intérieur est alors éprouvé comme venant de l’extérieur.
Renoncer à cette représentation persécutrice peut alors devenir particulièrement difficile. Car cela supposerait de pouvoir reconnaître en soi certains affects, désirs ou parties de soi jusque-là trop menaçants, honteux ou intolérables pour pouvoir être pensés comme siens.
Tant que cette réappropriation psychique n’est pas possible, l’autre peut continuer d’être vécu comme celui qui porte l’hostilité, l’agressivité ou le danger.
Le travail thérapeutique peut alors consister, progressivement et sans confrontation brutale, à rendre pensable ce qui avait dû être projeté : permettre au sujet de reconnaître comme siens certains mouvements internes sans que ceux-ci menacent l’ensemble de son identité.
L’autre peut alors peu à peu cesser d’être uniquement le support extérieur de ce qui ne pouvait être reconnu en soi.
Charles Crouzat
Psychologue Lille & Villeneuve-d’Ascq
Consultations en cabinet et visio
Illustration créée par IA