09/10/2025
🕊️ 𝐑𝐨𝐛𝐞𝐫𝐭 𝐁𝐚𝐝𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫 𝐚𝐮 𝐏𝐚𝐧𝐭𝐡𝐞́𝐨𝐧, 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭𝐬
En ce 9 octobre, date anniversaire de la loi portant abolition de la peine de mort, la France rend hommage à Robert Badinter, un géant républicain pour l’Histoire et un phare humaniste pour nos consciences. En entrant au Panthéon, il retrouvera notamment Condorcet, Schoelcher et Hugo, éminentes consciences françaises et infatigables combattants des droits humains.
Robert Badinter incarne l’honneur de la gauche et de la République : l’abolition de la peine de mort, la défense des libertés publiques, la dépénalisation de l’homosexualité, la lutte contre toutes les formes de haine et de discrimination. Il a porté sans relâche une conception exigeante de l’État de droit qui résonne d’un écho puissant face aux convulsions contemporaines de nos sociétés démocratiques. Sa constance pugnace, sa solidité morale, sa vision profondément humaniste l’ont fait entrer dans l’Histoire de son vivant.
Alors que son père fut victime d’une rafle et mourut au camp de Sobibor, Robert Badinter échappa à la Déportation pendant la Seconde Guerre mondiale, caché par les habitants de Cognin en Savoie. Ce drame humain et la fraternité dont il bénéficia avec sa mère et son frère permettent de mieux saisir l’engagement résolu qui fut le sien de ne jamais céder aux simplifications excessives, aux postures ou aux caricatures. Robert Badinter l’a éprouvé dans sa chair : l’Homme peut se montrer capable du pire et du meilleur, il n’est pas infaillible, tout comme la justice humaine. Dans sa carrière d’avocat, d’universitaire et d’homme d’État, la défense absolue des droits humains, en toutes circonstances, s’imposait donc à lui et s’impose à nous comme l’antidote le plus efficace contre toutes les dérives politiques et morales.
Compagnon de route de François Mitterrand, il sera nommé Ministre de la Justice en 1981 et il porta avec fougue l’une des plus grandes lois de la gauche gouvernementale, dont l’article 1er dispose que « la peine de mort est abolie ». Il fut par ailleurs un artisan inlassable de la protection des droits de l’Homme à l’échelle européenne et internationale en œuvrant notamment à la mise en place de la Cour Pénale Internationale. Après un quasi quinquennat place Vendôme, durant lequel il conduisit de nombreuses réformes pour renforcer les droits des victimes et les libertés individuelles avec notamment la dépénalisation de l’homosexualité, il est nommé en 1986 président du Conseil Constitutionnel, poste où il défendit, parfois même contre son camp, la constitutionnalité des lois et les valeurs de la République. Durant toute sa présidence, un carton figurait sur son bureau avec une phrase qui résonne terriblement avec l’actualité : « Une loi inconstitutionnelle est nécessairement mauvaise ; une loi mauvaise n’est pas nécessairement inconstitutionnelle ». Il siégea ensuite au sein du groupe socialiste au Sénat de 1995 à 2011, élu puis réélu Sénateur des Hauts-de-Seine. De 2007 à 2011, j’ai eu, pour ma part, l’honneur et la chance de le croiser dans les couloirs du groupe socialiste au Sénat et de l’entendre défendre avec force les principes qui guidaient sa vie, dans le silence admiratif et attentif de ses collègues.
Malheureusement, cette journée est entachée par la profanation odieuse de sa sépulture du cimetière de Bagneux. Ces actes inqualifiables et ignominieux devront être sévèrement condamnés mais rappellent à quel point les causes de Robert Badinter n’ont rien perdu de leur actualité et les progrès qu’il a arrachés demeurent fragiles. Face à la montée des idées rances de l’extrême droite, des discours de vengeance et de division, souvenons-nous de son message. Refusons la haine, protégeons la justice et la République et, comme l’écrivait Victor Hugo, défendons sans faillir « le droit qu'on ne peut retirer à personne, [celui] de devenir meilleur ». Robert Badinter nous a légué un héritage exceptionnel afin de garantir la dignité humaine et son universalité, par-delà les époques et les frontières. Soyons collectivement à la hauteur !