09/07/2026
LA MORALE POLITIQUE ET SES FONDEMENTS EN SOCIÉTÉ.
Le cas des Comores et de SAMBI
La gestion de l’état de santé de l’ancien président des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed SAMBI par Azali Assoumani et son pouvoir me pousse à me poser une question essentielle. Existe-t-il conscience de morale politique chez le chef de l’État de notre pays ?
C’est une question à nous poser surtout suite à la recommandation des 5 médecins qui l’ont examiné.
Ici, face à cette situation de l’état de santé préoccupant de notre ancien président qui émeut beaucoup de Comoriens de part le monde et dont les réseaux sociaux en font écho, je ne voudrais pas rentrer dans une analyse politique du comportement de l’hommes qui nous gouverne.
J’opte plutôt pour un examen rationnel de son attitude puisque la grande majorité de ceux qui réagissent par rapport à l’état de santé de SAMBI s’accorde à dire qu’Azali détient seul la clef de son sort par sa décision ou non de l’autoriser à aller se faire soigner dans hôpital approprié selon le diagnostic des quatre médecins accrédités par les autorités judiciaires et politiques qui gèrent ce cas sanitaire.
Mais puisque SAMBI est une haute autorité politique et religieuse nationale, un opposant du pouvoir détenu en prison depuis plus de huit ans avec la complicité de la justice, son état soulève un cas de conscience d’éthique politique et d’humanisme.
Depuis l’antiquité, beaucoup de penseurs (philosophes, sociologues savants de divers domaines et hommes politiques) ont réfléchi sur la question de la morale en politique. Ces penseurs ont débattu de la question en la formulant ainsi : les responsables politiques doivent-ils agir selon des principes moraux, ou avant tout, selon l’efficacité et l’intérêt de la collectivité ?
Cependant comment définir le plus simplement possible la morale politique ? Je dirais qu’il s’agit en pratique, de l’exercice transparent du pouvoir par les dirigeants politiques de la cité ou de l’État avec : intégrité, rigueur, honnêteté et probité ; avec le respect de la loi et des droits fondamentaux des citoyens ; avec le sens de la responsabilité et de la recherche du bien commun plutôt que des intérêts particuliers.
En clair, du point de vue démocratique, la morale politique exige donc que l’autorité publique soit au service des citoyens et qu’elle respecte des valeurs fondamentales telles que la liberté, l’égalité, la justice, la solidarité et la dignité humaine.
J’en déduis que Gouverner ne consiste pas seulement à maintenir l’ordre, la paix et la stabilité sociale mais à permettre aux citoyens de bien vivre et de se sentir bien là où ils sont. La morale politique repose alors sur la justice, la vertu, la recherche de l’intérêt général en respectant la dignité de chaque humain. Cela implique le respect des droits fondamentaux, de la liberté et de l’égalité devant la loi. Cela suppose l’existence d’une « éthique de responsabilité » qui tient compte des conséquences des décisions que l’on prend pour un dirigeant car une décision moralement bonne ne dépend pas uniquement de son intention, mais aussi de ses effets sur la population.
Des penseurs de la politique, seul
Nicolas Machiavel a séparé la morale de la politique. Selon son approche, un gouvernant doit parfois prendre des décisions moralement discutables pour préserver l’État, la sécurité ou la paix. « Nde neinma »cher à Azali. Cette vision de Machiavel ne nie pas toute morale, mais accorde une priorité à la stabilité politique et qu’Azali a raccourci à la stabilité éternelle de son régime quoi qu’il en coute.
Dans un État de droit la justice et les institutions justes doivent garantir à chacun des libertés fondamentales et réduire les inégalités lorsqu’elles désavantagent les plus vulnérables. La morale politique réside alors dans l’équité des règles plutôt que dans la vertu personnelle des gouvernants. Nous vivons le contraire aux Comores où les principaux fondements d’une morale politique, à savoir qu’on privilégie :
1. le bien commun plutôt que les intérêts particuliers ;
2. la justice et l’égalité devant la loi ;
3. le respect de la dignité et des droits humains ;
4. la responsabilité dans l’exercice du pouvoir et l’évaluation des conséquences des décisions ;
5. la probité, c’est-à-dire l’honnêteté, la transparence et le refus de la corruption.
Chez nous ces fondements de la morale politique se trouvent absolument bannis par l’exécutif.
La morale politique consiste souvent à rechercher un équilibre entre des principes éthiques (justice, respect des personnes, vérité) et les contraintes du gouvernement (sécurité, efficacité, compromis, urgence).
Aujourd’hui il est encore question de savoir si la politique doit être avant tout une éthique du devoir, une éthique des conséquences, ou une combinaison des deux. Chez nous, nos dirigeants feignent ignorer royalement ces aspects au point de nous demander, nous citoyens, s’il leur arrive de se questionner pour savoir dans quels cas ou quelles circonstances la morale peut-elle transcender leur justice à eux ?
Savent-ils qu’une question morale peut transcender la justice, au sens où ce qui est moralement juste ne colle pas toujours avec ce qui est légalement juste et que la justice, entendue comme l’ensemble des lois et des décisions des tribunaux, peut être imparfaite, tandis que la morale renvoie à des principes plus fondamentaux concernant le bien, le mal et la dignité humaine.
Les archives des annales des tribunaux du monde sont bourrés de très graves erreurs judiciaires.
Lorsque la loi est injuste, et cela peut se produire dans plusieurs circonstances ; l’histoire des hommes montre que certaines lois ont été légalement valides tout en étant moralement condamnables (les lois discriminatoires, lois pour l’esclavage ou la ségrégation raciale, de nos jours, les lois anti- immigrés). Dans ces cas, la morale conduit à contester la justice positive au nom de principes supérieurs, comme l’égalité ou la dignité humaine. Ceci s’est traduit en pratique de nos jours avec le droit d’ingérence qui autorise les États à s’ingérer dans les affaires d’un autre État souverain lorsque celui-ci bafoue les droits fondamentaux de ces citoyens pour l’en empêcher. C’est aussi ce principe qui a conduit au devoir à la désobéissance civile citoyenne lorsque l’obéissance à la loi entre en conflit avec la conscience. Une disposition juridique qui dit qu’une personne peut estimer qu’elle a le devoir moral de désobéir à une loi qu’elle juge profondément injuste et que Mahatma Gandhi ou Martin Luther King Junior ont pratiquée.
Lorsque la justice ne peut pas tout réparer. Un tribunal peut prononcer une peine conforme au droit, mais cela ne suffit pas toujours à répondre aux exigences morales de pardon, de réconciliation ou de compassion. La morale peut alors inviter à aller au-delà de la stricte application de la loi.
Dans certaines situations d’urgence (guerre, catastrophe, sauvetage, actes terroristes avérés, etc…), une décision moralement défendable peut conduire à enfreindre une règle juridique pour protéger une vie humaine.
Je sais que ces cas restent toutefois controversés, car ils mettent en tension le respect des règles et la prise en compte des circonstances.
C’est pourquoi je souligne un point ici pour dire que je n’oppose morale et justice. Dans un État de droit, la justice cherche précisément à traduire dans les lois des valeurs morales largement partagées : le respect de la personne, l’égalité, la liberté et la protection des plus vulnérables. Le défi est que ces valeurs peuvent évoluer plus vite que les lois, ou être interprétées différemment selon les époques et les sociétés. Le paradoxe est que chez nous les lois ne sont même pas appliquées conformément aux procédures et aux juridictions existantes.
À supposer que pour SAMBI il y a eu une véritable procès qui aurait respecté les textes, les procédures et les juridictions normales prévues et en vigueur aux Comores. Dans ce cas d’espèce, il nous reviendrait alors de se demander “Que dit le droit ?, et que recommande l’éthique même si le droit dit autre chose ?”.
Si un écart apparaît entre les deux, alors la question morale peut effectivement transcender la justice en invoquant des principes jugés plus fondamentaux que les lois en vigueur. Toutefois pour SAMBI, il n’y a meme pas eu de procès mené dans les règles de l’art. J’ai revu plus deux trois fois la conférence des avocats, tenue à leur sortie fracassante du procès. Il est clair qu’aucune condition juridique n’a été observée pour tenir ce procès.
AU NOM DE QUOI LES DROITS FONDAMENTAUX DES CITOYENS COMORIENS SONT-ILS ANÉANTIS ?
Aux Comores, notre gouvernement sacrifie nos libertés et nos droits fondamentaux au nom de sa paix politique, de sa sécurité matérialiste et physique et de sa pérennité au pouvoir jusqu’à 3000 ho ho !
Certes que la paix, l’ordre et la stabilité sont des biens essentiels dans une société mais ils ne peuvent pas justifier n’importe quelle atteinte aux droits fondamentaux.
Pour mon argumentaire, je vais recourir à certains anciens grands penseurs comme Thomas Hobbes, John Locke, J J Rousseau et enfin John Rawls.
Selon Hobbes, sans un pouvoir fort, la société risque de sombrer dans le chaos. L’État existe d’abord pour garantir la sécurité des personnes. Dans cette perspective, certaines restrictions aux libertés peuvent être légitimes si elles empêchent la violence généralisée.
C’est vrai en théorie mais est ce que aux Comores l’État d’Azali Assoumani garantit la sécurité des citoyens ?
À l’inverse, John Locke, lui, il soutient que l’État est créé pour protéger les droits naturels — la vie, la liberté et la propriété. Si le pouvoir les viole systématiquement, il perd sa légitimité.
C’est ce nous autorise, nous opposants qu’Azali n’a pas de légitimité .
Pour Jean-Jacques Rousseau, la stabilité véritable ne vient pas de la contrainte, mais de lois auxquelles les citoyens consentent parce qu’elles expriment la volonté générale.
N’est-ce pas par l’oppression, la contrainte policière et militaire injustifiée et par la répression quotidienne que l’État de fait d’Azali fait durer son régime ?
Enfin, John Rawls considère qu’une société juste est celle où les libertés fondamentales sont garanties à tous avant toute recherche d’efficacité politique ou économique.
Alors qu’est-ce qui assure réellement la paix sociale et la stabilité politique dont se félicite le pouvoir Azali ?
Seraient-ce les éléments juridiques suivants ? Je vous laisse répondre.
L’histoire et les sciences politiques montrent que plusieurs facteurs se renforcent mutuellement :
1. La légitimité des institutions : les citoyens comoriens acceptons-nous les décisions du régime CRC parce qu’elles émanent d’ institutions justes et impartiales ?
2. L’État de droit : chez nous, les lois s’appliquent-elles à tous, y compris aux gouvernants ?
Le respect des droits fondamentaux : Jouissons-nous depuis 2016 à ce jour de juillet 2026 de liberté d’expression, sécurité, égalité devant la loi, protection contre l’arbitraire ?
3. La justice sociale : les inégalités extrêmes ou un sentiment d’injustice observables dans notre pays fragilisent-il durablement notre société ?
4. La participation politique : citoyens comoriens pouvons nous nous exprimer, voter, débattre et contester pacifiquement ? les tensions sociales trouvent-elles une issue institutionnelle et démocratique que violente ?
La confiance : Avons-nous confiance entre citoyens, mais aussi envers les autorités publiques ? Favorise-t-elles la coopération entre nos îles et notre unité nationale ?
Si nous répondons oui, alors sacrifions nos droits fondamentaux pour préserver la stabilité et la paix sociale comme nous l’exhorte le chef de l’État, Imam Azali ASSOUMANI ?
Mais n’oublions pas qu’il existe deux formes de stabilité et de paix sociale dans un État légitime :
Une stabilité fondée sur la contrainte, où l’ordre est maintenu principalement par la force ou la peur. Ce qui est notre cas aux Comores.
Une stabilité fondée sur la légitimité, où les citoyens respectent les institutions parce qu’ils les jugent justes et dignes de confiance.
En revanche, une suppression durable ou arbitraire des droits fondamentaux au nom de la stabilité et de la paix sociale pose un problème de légitimité. Si elle peut parfois produire un ordre apparent à court terme, elle risque aussi d’engendrer de la peur, de la défiance, des résistances des citoyens et, à plus long terme, une instabilité plus profonde qui peut imploser la société et aboutir au grand nettoyage.
On peut ainsi distinguer deux formes de stabilité :
⁃ Une stabilité fondée sur la contrainte, où l’ordre est maintenu principalement par la force ou la peur.
⁃ Une stabilité fondée sur la légitimité, où les citoyens respectent les institutions parce qu’ils les jugent justes et dignes de confiance.
Pour conclure mon article, je dis qu’une stabilité et une paix sociale solide et durable ne reposent pas sur l’absence apparente de conflits, mais sur un équilibre entre l’ordre, la justice, la liberté et la confiance. C’est lorsque les citoyens se sentent à la fois protégés et respectés dans leurs droits que la stabilité politique a le plus de chances de perdurer.
Mais dans une société où tout cela est confisqué et où les autorités feignent d’ignorer la justice et même la morale, c’est une société poussée à plus ou brève échéance à l’implosion, au grand chambardement et à des
soubresauts sanglants.
Je prie le Tout Puissant Allah, de nous préserver aux Comores de ce scénario catastrophe et que l’ancien président SAMBI recouvre très rapidement sa liberté et sa santé, une des conditions suprêmes pour nous épargner d’un cataclysme dont aucun de nous ne peut prévenir l’étendue de sa déflagration.
Amine
I M Sidi