09/09/2026
📚Mercredi Histoire | Décembre 1929: Bien plus qu'une fête de Noël
En commençant les recherches pour ce Mercredi Histoire, je pensais que cette fois-ci, ce serait assez rapide.
Deux articles de journaux qui parlent d’une fête de Noël organisée par l'école communale de filles de Martigny-les-Bains. Un spectacle au Casino, le Père Noël. Des chants, des poésies, pour faire simple une jolie publication de fin d'année.
En étudiant les journaux qui en parlait, une phrase m’a interpellée:
« Les recettes produites par les ventes de programmes, des pochettes surprises et les entrées ont permis l'achat d'un cinéma. »
À partir de cet instant, je n'étais plus en train de préparer une publication sur une fête de Noël, j'étais repartie dans une nouvelle enquête, et finalement... je crois que c'est exactement pour ces moments-là que j'aime autant écrire les Mercredi Histoire, une archive nous emmène souvent bien plus loin que ce que l'on imaginait au départ.
Avant de comprendre cette fameuse histoire de cinéma, revenons à cette journée de décembre 1929. Depuis plusieurs semaines, l'école communale de filles est en pleine effervescence.
Dans l’article, il est précisé que sous la direction de Mme Barret, assistée de Mlle Serrières, chacune des élèves participe à la préparation de la fête. Les plus grandes illustrent les programmes qui seront vendus au public, elles confectionnent également des pochettes surprises, les autres répètent les chants, les poésies, les dialogues et les petites saynètes qui seront présentées sur la scène du Casino.
En lisant ces quelques lignes, je n'ai pas eu de mal à imaginer l'ambiance qui devait régner dans l'école, les répétitions qui s'enchaînent, les derniers conseils des institutrices. Les costumes que l'on ajuste, les éclats de rire et ce petit trac qui monte doucement à mesure que le grand jour approche, finalement certaines émotions traversent les générations.
Puis arrive enfin le jour de la représentation, le Casino ouvre ses portes.
Depuis plusieurs mois, nous le retrouvons régulièrement dans nos Mercredi Histoire, nous l'avons vu accueillir les curistes, les concerts, les conférences ou encore les spectacles de la saison thermale.
Cette fois, les fauteuils se remplissent d'un tout autre public, les familles, les proches, les habitants de Martigny-les-Bains, tous sont venus applaudir les enfants.
L'Express de l'Est parle d'une assistance « fort nombreuse et très empressée ».
J'aime beaucoup cette expression, elle montre que le Casino est devenu bien plus qu'un lieu fréquenté par les curistes, il est aussi celui où tout un village se retrouve pour partager les grands moments de la vie de son école.
Le rideau se lève, les jeunes élèves présentent un programme particulièrement varié:
Des poésies, des monologues, des chants et petites saynètes.
Toujours dans les articles, les journalistes saluent la qualité de la représentation et le travail accompli par les élèves comme par leurs institutrices.
Et là en tant que maman, je n'ai eu aucun mal à imaginer cette salle, des applaudissements qui résonnent après chaque représentation, les regards remplis de fierté des parents, des grands-parents ou des proches venus encourager leurs enfants et surtout surtout une immense satisfaction que devaient ressentir les jeunes élèves en quittant la scène, heureuses d'avoir présenté le fruit de plusieurs semaines de préparation, en 1929 comme aujourd'hui, un spectacle d'école reste un moment gravé dans les mémoires.
Et donc retour dans les archives, et je me suis rendu compte que derrière ces quelques lignes de journal se cachaient des dizaines de jeunes élèves, impossible de retrouver le nom des jeunes filles, pourtant, ce sont elles qui ont donné vie à cette journée.
Elles qui ont répété pendant des semaines, qui ont illustré les programmes, confectionné les pochettes,elles qui ont appris leurs textes, vaincu le trac et osé monter sur la scène du Casino devant tout le village.
Les archives retiennent plus facilement le nom des adultes que celui des enfants. Nous connaissons donc aujourd'hui celui de Mme Barret et celui de Mlle Serrières, mais les jeunes filles qui ont fait vivre cette fête sont, elles, restées anonymes.
À défaut de connaître leurs noms, j'avais envie que ce Mercredi Histoire leur redonne un peu de la lumière qu'elles avaient offerte ce jour-là.
Mais il me restait toujours cette fameuse question.
Pourquoi un cinéma ?
C'est en poursuivant mes recherches que j'ai découvert les coopératives scolaires, je connaissais leur existence comme chaque parent aujourd’hui, mais je n'avais jamais pris le temps de m'intéresser à leur histoire.
https://www.image-est.fr/fiche-documentaire-cooperatives-scolaires-vosgiennes-en-se-donnant-la-main-1284-1406-1-0.html
À la fin des années 1920, l'idée est simple, mais profondément novatrice : apprendre aux enfants à mener des projets ensemble, à participer à la vie de leur école et à construire collectivement des réalisations dont chacun pourra profiter, en 1929, les coopératives prennent une nouvelle dimension avec la création de l'Office Central de la Coopération à l'École, et cette fête de Noël prend une tout autre dimension. Les programmes vendus, les pochettes surprises, les billets d'entrée, le soutien de la municipalité.
Tout cela n'avait pas seulement permis d'organiser une belle journée, mais également d' acheter un projecteur destiné à l'école. Et là encore, j'ai réalisé combien il était facile de regarder cette phrase avec nos yeux d'aujourd'hui. En 1929, un cinéma à l'école n'était pas un simple divertissement, c'était une formidable fenêtre sur le monde. Ce qui, au départ, ressemblait à une simple fête de Noël devenait finalement un véritable projet éducatif.
Comme souvent, je pensais avoir terminé mes recherches, et puis une dernière découverte est venue refermer cette histoire, je suis tombée sur un film consacré aux coopératives scolaires vosgiennes, réalisé quelques années plus t**d, malheureusement il ne montre pas Martigny-les-Bains, mais les Vosges. En le regardant, j'avais presque l'impression de voir les lignes de mes journaux prendre vie.
Des enfants qui apprennent ensemble, qui fabriquent, qui organisent, qui construisent. Et je me suis dit que cette petite phrase qui m'avait arrêtée au début racontait finalement beaucoup plus qu'un simple achat, elle racontait une école qui faisait confiance à ses élèves. Des institutrices qui croyaient en elles, des familles qui répondaient présentes, tout un village qui se mobilisait pour offrir à ses enfants de nouvelles façons d'apprendre.
Je pensais écrire un Mercredi Histoire sur une fête de Noël, les archives m'ont raconté bien davantage. elles m'ont confirmé une fois encore, qu'un village ne se construit pas seulement avec des pierres ou des bâtiments, mais il se construit aussi grâce aux femmes, aux hommes et aux enfants qui le font vivre.
Et, presque cent ans plus t**d, je trouve que cette belle leçon mérite encore d'être partagée.
📚 Sources :
L'Abeille des Vosges, décembre 1929.
L'Express de l'Est, décembre 1929.
Archives de l'Office Central de la Coopération à l'École (OCCE) – histoire des coopératives scolaires.
Film documentaire sur les coopératives scolaires vosgiennes (années 1937).