25/08/2026
Il y a 84 ans paraissait le décret d'institution du service militaire obligatoire pour les jeunes alsaciens. En effet, le 25 août 1942, le Gauleiter Robert Wagner, chef de l'administration civile en Alsace, promulguait l'ordonnance marquant ce qu'on appelle aujourd'hui l'incorporation de force.
La même ordonnance fût signée par le Gauleiter Joseph Burckel pour la Lorraine mosellane le 19 août 1942 et par le Gauleiter Gustav Simon pour le Luxembourg le 30 août 1942.
Dès août 1942, les Alsaciens, les Mosellans et les Luxembourgeois ont donc été contraints de servir dans l’armée allemande.
Cet enrôlement forcé signifie pour les alsaciens l’obligation de porter l’uniforme de l’Allemagne nazie, qui n’est pas le leur, alors qu’ils sont toujours français en droit. En effet, aucun traité de paix n’a réglé l’appartenance de l’Alsace après l’Armistice du 22 juin 1940.
La bibliothèque de Mulhouse conserve tous les volumes du « Verordnungsblatt des Chefs der Zivilverwaltung im Elsass » ou Journal officiel des ordonnances du chef de l'administration civile en Alsace entre 1940 et 1944 (Cote FP 70 114) qui contient l'ordonnance originale « Verordnung über die Wehrpflicht im Elsass vom 25. August 1942 ».
Traduction de l'ordonnance en français :
"En vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés par le Führer, j'ordonne :
§1- Le service militaire obligatoire dans l'armée allemande est introduit pour les jeunes gens de race allemande en Alsace appartenant à des classes qui seront déterminées par une ordonnance spéciale.
§2- Les hommes appelés sous les drapeaux seront soumis aux mêmes prescriptions en vigueur que les soldats allemands, ils jouissent aussi des mêmes droits que ceux-ci.
§3- Les hommes soumis à l'obligation militaire, mais non appelés au service actif dans l'armée sont soumis aux prescriptions en vigueur pour cette catégorie.
§4- Cette ordonnance entre en vigueur le 25 août 1942.
Strasbourg, le 25 août 1942. »
Bilan : Au total 130 000 Alsaciens et Mosellans des classes 1908 à 1927 incorporés. 40 000 d’entre eux, soit plus de 30% ne sont pas revenus : environ 30 000 sont déclarés morts, 10 000 sont toujours portés disparus. Des 90 000 qui sont rentrés, 30 000 sont revenus invalides parmi lesquels dix mille blessés graves.
La bibliothèque municipale de Mulhouse possède de nombreux ouvrages sur ceux que l’on appelle aujourd’hui les « Malgré-Nous ». Parmi les documents les plus anciens se trouve le « Recueil photographique des disparus du Bas-Rhin, victimes de la conscription allemande de 1942 à 1945 » (2 vol. cotés F 800 197) qui comprend 6635 portraits de « déportés militaires » qui n’ont plus donné signe de vie après la guerre. Un tel recueil avec photographies n’a malheureusement jamais été édité pour les disparus du Haut-Rhin.