08/06/2026
🛡️[Noblesse et pouvoir]⚖️
Dès le XVᵉ siècle, face à la recrudescence des usurpations de noblesse qui met en péril à la fois l’assise du pouvoir royal et les finances du royaume de France, les dirigeants successifs vont tenter de limiter les privilèges, en excluant les usurpateurs de la noblesse. Les nobles eux-mêmes devaient ainsi prouver leur noblesse en alimentant un dossier de procédure avec des pièces justificatives (arbres généalogiques, lettres de noblesse, etc.) afin de conserver leur rang. Les recherches de noblesse les plus célèbres sont celles qui ont été initiées en 1666 dans le cadre de la grande enquête de noblesse, sous le règne de Louis XIV. À l’initiative de Colbert, le roi prend la décision de vérifier les titres de noblesse de nombreuses familles, afin de lever les exemptions d’impôts et charges de certaines d’entre elles, et ainsi renflouer les caisses royales.
Et c’est dans ce contexte de méfiance qu’est éditée l’œuvre de Jules Baron en 1672 : « L’art héraldique contenant la manière d'apprendre facilement le blason ». L’ouvrage, maintes fois réimprimé, contient un titre-frontispice, c’est-à-dire une page liminaire comprenant le titre du livre présenté à l’intérieur d’une planche. L’estampe se trouve parfois colorée, parfois en noir et blanc, au gré des éditions et des exemplaires. La bibliothèque des Archives en conserve une édition r***e et corrigée de 1717 (8° N I 5). Plus que sur la forme, arrêtons-nous sur le thème de l’illustration qui nous renseigne sur les liens étroits, mais aussi tendus, entre le pouvoir et la noblesse. Un bras armé aux couleurs du royaume de France (d'azur à trois fleurs de lis d'or) menace, voire piétine, cinq nobles à moitié dénudés, protégeant leur écu blasonné de toutes leurs forces. Un masque de théâtre gît à terre, peut-être celui d’un usurpateur s’étant octroyé le rang de noble. Est-ce un moyen détourné employé par le roi, qui a accordé le privilège (autorisation exclusive) de faire graver et imprimer l’ouvrage, de rappeler l’attention méfiante qu’il porte à l’égard de la noblesse ?
Au sein de l’exposition « File-moi ton blaze ! », plusieurs documents témoignent de la lutte de familles nobles pour conserver leur rang.
La famille Couët de Lorry connaît cette procédure avec un premier procès s’ouvrant en 1674 et au cours duquel elle perd sa qualité de noble. Contrainte de vendre certains de ses biens pour s’acquitter des sommes dues, la famille n’en reste pas là et demande la révision du jugement. Pendant vingt ans, les Couët envoient régulièrement des requêtes en ce sens. Ce n’est qu’en 1697 qu’un nouveau procès a lieu, à la fin duquel l’intendant Turgot tranche en faveur des Couët. Le jugement de noblesse, sur parchemin daté du 14 octobre 1697, vous attend en vitrine (Arch. dép. de la Moselle, 232 J).
La famille Thuméry doit aussi prouver ses origines lointaines. L’inventaire des pièces produites par Nicolas François Claude et Achille Alexandre de Thuméry de Dampierre dans le cadre de l’enquête pour confirmer la noblesse de la maison de Thuméry en 1673 est également présenté au cœur de l’exposition (Arch. dép. de Meurthe-et-Moselle, E 380 1).
📖 En image, retrouvez la reproduction du titre-frontispice en couleur de l’édition de 1678, conservée à la Bibliothèque nationale de France : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87097527/f6.item