02/08/2026
📸 À Monsieur le professeur Simonin, ses élèves reconnaissants, 1865-1866, élèves de 2ᵉᵐᵉ année : service de la clinique chirurgicale, juillet 1866, professeur, chef de clinique, interne, stagiaires / Céline Châtelain. – Nancy, 1866. – 1 photographie positive (tirage) sur 1 feuille encollée sur carton épais : albuminé, noir et blanc ; 43 × 54 cm (épreuve), 67 × 79 cm (support).
Dédicace manuscrite à l'encre au verso. Y sont représentés : Gillet, Ménestrel, Poirot, Mollard, Borum, Oyon, Dr Claude (chef de clinique), Lebert, Naquard, Chrétien (interne), Mansuy.
📖 Une photographie, une histoire... et quelques minutes de lecture.
Les vêtements (redingotes, gilets, cols hauts) ancrent immédiatement la scène à son époque tandis que les tabliers blancs, typiques des chirurgiens, la contextualisent. La photographie est prise dans une cour intérieure pavée, probablement celle de l’hôpital Saint-Charles à Nancy. Le choix d’un décor extérieur répond aux contraintes techniques de la photographie : avant l’éclairage artificiel performant, la lumière naturelle était indispensable pour obtenir une image suffisamment nette malgré des temps de pose encore longs.
Il s’agit en réalité d’une mise en scène, l’un des étudiants joue le rôle du patient, immobile sous le regard de ses camarades. À partir des années 1850, les premières photographies médicales réalisées grâce au procédé au collodion deviennent de véritables outils pédagogiques. Elles servent à illustrer l’enseignement clinique, à documenter les pratiques chirurgicales et à constituer des archives scientifiques.
Ce tirage photographique, très bien conservé, présente néanmoins quelques marques du temps, notamment de légères griffures. Un examen attentif révèle aussi plusieurs retouches effectuées directement sur l’épreuve : certaines imperfections du négatif ont été corrigées (par exemple dans le feuillage de l’arbre à droite) et quelques détails, comme les yeux, les cheveux ou les moustaches, ont été rehaussés à l’encre noire.
Edmond Simonin (1812-1884) occupe une place centrale dans l’histoire de la médecine nancéienne et compte parmi les pionniers de la chirurgie moderne en Lorraine. Cofondateur de la Société de médecine de Nancy en 1844, il figure également parmi les premiers médecins français à introduire l’usage du chloroforme pour l’anesthésie générale.
Né à Nancy en 1812, Jean-Baptiste-Edmond appartient à une famille de médecins. Son grand-père, Jean-Baptiste (1750-1836), enseigne au Collège royal de chirurgie avant la Révolution française. Son père, Jean-Baptiste également (1785-1870), dirige quant à lui l’École de médecine de Nancy entre 1842 et 1847 et consacre sa carrière à l’enseignement médical.
Après ses études à Nancy, Edmond choisit de se spécialiser en chirurgie et poursuit sa formation à Paris auprès de deux grandes figures, Alfred Velpeau et Morel. De retour à Nancy après sa thèse de doctorat soutenue en 1835, il est nommé professeur titulaire de clinique chirurgicale et de médecine opératoire en 1840. Directeur de l’École préparatoire de 1850 à 1872, il assure les négociations et le transfert de la faculté de Strasbourg à Nancy après la guerre de 1870.
Le décret du 1 ͤ ͬ octobre 1872 lui accorde une chaire de clinique chirurgicale dans la nouvelle faculté. À la tête de cette clinique de 1872 à 1879, Simonin se consacre à l’enseignement et est très apprécié de ses étudiants.
Son activité scientifique est également considérable. Parmi ses nombreuses publications, son traité en quatre volumes, "De l'emploi de l'éther sulfurique et du chloroforme à la clinique chirurgicale de Nancy", demeure son œuvre majeure. Très impliqué dans la vie intellectuelle et culturelle nancéienne, il occupe aussi les fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie de Stanislas. Edmond Simonin meurt à Nancy le 31 mai 1884.
Sources :
« Un siècle de chirurgie à NANCY (1874-1974) » par A. Beau. Numéro Spécial du Centenaire de la Revue (1874-1974), Annales Médicales de Nancy.
« La famille Simonin (1750-1884) : trois générations et un siècle d’Histoire de l’enseignement médical en Lorraine » thèse de Frédérique Boulanger, 2001 (consulté le 30/06/2026 :
https://hal.univ-lorraine.fr/hal-01734495v1/file/SCDMED_T_2001_BOULANGER_FREDERIQUE.pdf)
Céline Châtelain (1833-1908) est considérée comme la première femme photographe installée à Nancy. Encore adolescente, elle ouvre son atelier en avril 1846 et devient une figure importante de la photographie lorraine du Second Empire.
Anne-Marie Céline Octavie Châtelain naît à Nancy le 7 septembre 1833. C’est dans la maison familiale du 8 rue Montesquieu qu’elle réalise ses premières images grâce au daguerréotype, alors procédé photographique le plus moderne. Une annonce publiée dans L’Espérance, courrier de Nancy du 16 avril 1846 souligne déjà la singularité de son travail : « Elle opère par tous les temps », peut-on y lire, signe d’une maîtrise technique remarquable. Une autre, publiée dans le Journal de la Meurthe et des Vosges le 8 octobre 1847, souligne la maîtrise de la technique photographique.
Encouragée par son père Charles Châtelain, ancien marchand de vin reconverti, et aidée par sa sœur cadette Gabrielle, Céline développe progressivement son activité au fil des déménagements familiaux, d’abord rue du Faubourg-Saint-Jean puis rue Stanislas. En 1853, son nom apparaît dans l’Annuaire de la Meurthe dans la nouvelle rubrique « Portrait au daguerréotype ».
L’installation, en 1856, de son atelier au 20 rue des Dominicains marque l’apogée de sa carrière. Elle reprend alors les locaux du photographe Dieudonné Constant Vauthier et aménage un véritable studio photographique au cœur du centre commerçant de Nancy. Doté de décors et de mobilier spécialement conçus pour la prise de vue, l’atelier devient l’un des plus fréquentés de la ville après 1860.
Si le portrait constitue l’essentiel de sa production, Céline Châtelain réalise également de nombreuses vues urbaines de Nancy, souvent diffusées sous forme de cartes de visite photographiques.
Le 1ᵉʳ mai 1861, elle ouvre un second établissement au 24 rue de Boudonville, spécialement équipé pour la photographie équestre. Au début des années 70, Céline et sa sœur abandonnent l’atelier du centre de Nancy pour s’installer rue de Boudonville. L’activité décline lentement à mesure que la photographie devient plus accessible et que la concurrence se développe. Vers 1890, les clients de la « Maison Châtelain » sont devenus très rares. Après plus d’un demi-siècle consacré à la photographie, Céline Châtelain cesse définitivement son activité en 1898, à l’âge de soixante-cinq ans. Elle meurt à Nancy le 16 octobre 1908.
Sources :
« Photographes et photographies d’Art à Nancy » par Christian Debize, 1979
« Céline Châtelain (1833-1908), une femme parmi les premiers photographes professionnels de Nancy » par Lorraine Menguy-Daval, Le Pays lorrain, mars 2026.