02/07/2024
TRIBUNE
L’appel de 200 philosophes contre l’accession de l’extrême droite au pouvoir!
Un collectif de philosophes de sensibilités et d’orientations variées
appelle les citoyens français à voter au second tour pour tenir le nécessaire front républicain contre l’accès au pouvoir du RN.
Nous, philosophes de traditions, de sensibilités et d’orientations variées, appelons à empêcher le Rassemblement national et ses alliés d’accéder au pouvoir aux prochaines élections législatives. L’extrême droite pseudo-nationale et xénophobe n’a jamais été aux commandes de la France depuis 1940, où elle n’avait dû cette opportunité qu’à la défaite militaire et à l’Occupation du pays. Le
gouvernement de Vichy, nourri aux idées de l’Action française et d’autres courants racistes et antisémites, a alors mis en œuvre une politique xénophobe et antisémite, antiroms, antiféministe et homophobe qui a entraîné la mise au ban et la mort de centaines de milliers de citoyens français et d’étrangers qui avaient
souvent fui le nazisme et le fascisme.
Refus de l’autorité abusive et de la violence
Le parti de Jean-Marie Le Pen est l’héritier direct de cette mouvance politique.
Certes, Marine Le Pen et Jordan Bardella s’efforcent d’effacer ce lien originel et ont renoncé à mettre en avant l’antisémitisme des fondateurs au profit d’une rhétorique xénophobe qui cible de préférence les musulmans de France et, de façon générale, les immigrés, les binationaux, les étrangers.
Mais d’une part, cet abandon officiel de l’antisémitisme par les instances dirigeantes n’empêche pas le maintien de discours antisémites chez nombre de candidats RN et d’adhérents
du RN ; d’autre part, le RN demeure un parti dont l’axe idéologique est une xénophobie d’Etat qui aurait des effets aussi bien sur les binationaux, par exemple franco-israéliens ou franco-marocains, que sur l’ensemble des enfantsnés en France de parents étrangers et à qui on ferme la possibilité de devenir français à leur majorité – alors même qu’ils n’auraient connu que ce pays.
La philosophie a, dans un passé encore récent, parfois pactisé avec de telles forces nationalistes et xénophobes : ce sont des taches sur une histoire dont l’orientation essentielle est tout autre. Car la philosophie naît avec la pratique du dialogue ouvert à tous, avec la conviction que chacun peut s’orienter selon le logos et contribuer à approcher le vrai ou à trouver des accords, quelles que
soient ses origines et sa couleur de peau.
Elle est indissociable de l’idée de vérités mathématiques et logiques, que chaque conscience peut éprouver pour elle-même, et par là d’une expérience de l’universel. Elle implique un refus de
l’autorité abusive et de la violence, une liberté par rapport aux traditions, aux ancrages particuliers, un usage critique de la raison qui est à l’opposé des préconisations du RN en matière d’éducation et de présentation de l’histoire nationale et mondiale. Instruite des expériences désastreuses du XXe siècle, la philosophie contemporaine sait aussi sa dette intellectuelle, morale et politique
vis-à-vis des philosophes qui ont été privés par Vichy de leur poste d’enseignant en raison de la consonance de leur nom, comme Simone Weil ou Claude Lévi Strauss, qui ont fui le nazisme, théorisé le fascisme ou le totalitarisme, comme Walter Benjamin, Hannah Arendt, Theodor Adorno, vis-à-vis de celles et de ceux
qui se sont engagés dans la Résistance contre l’occupant et contre le régime de Vichy, comme Jean Cavaillès ou Georges Canguilhem.
Nous récusons fortement le «ni RN ni Nouveau Front populaire»
La conscience de la destination universelle et cosmopolitique de la philosophie comme celle de l’histoire sanglante de l’extrême droite au pouvoir nous commandent d’appeler tous les citoyens français à accorder leur voix, au second tour des élections législatives, au candidat en position de l’emporter contre le RN, qu’il s’agisse d’un candidat du Nouveau Front populaire, de Renaissance ou
de la droite républicaine, celle qui est restée fidèle à cette «certaine idée de la France» portée par le général de Gaulle.
Nous récusons fortement le «ni RN, ni Nouveau Front populaire» par quoi certains, parfois issus de nos rangs, fracturent le nécessaire front républicain contre l’accès au pouvoir de l’extrême
droite.
Toutes les divergences et tous les débats légitimes que nous pouvons avoir entre nous doivent, un temps, céder le pas devant l’impératif de préservation d’un espace public pluraliste que le RN veut livrer à l’appétit des seuls intérêts privés, et de défense des valeurs d’égalité et de fraternité fondatrices de la République moderne.
Parmi les premiers signataires
Jean-Claude Monod ; Laurence Hansen-Love ; Barbara Cassin ; Serge
Audier ; Elsa Dorlin ; Cynthia Fleury ; Sandra Laugier ; Grégoire
Chamayou ; Camille Froidevaux-Metterie ; Quentin
Meillassoux ; Claire Marin ; Denis Moreau ; Francis Wolff ; Michèle
Le Dœuff ; Franck Fischbach ; Michèle Cohen-Halimi ; Catherine
Malabou ; Myriam Revault d’Allonnes ; Corine Pelluchon ; Jean-Yves
Pranchère ; Nicolas Poirier ; Céline Spector ; Sophie Roux ; Denis
Kambouchner…