18/10/2026
Cette chanson est une complainte. Celui qui la chante n'existe pas, mais il est mille cinq cents : c'est le nombre de commerçants touchés le 17 octobre 2026, en marge de la mobilisation contre la vie chère, pour « des centaines de millions d'euros » de dégâts selon Europe 1. À Paris, autour de la place de la République, des Halles et de la Madeleine, les rideaux de fer ont été soulevés et les boutiques vidées : Monoprix, McDonald's, SFR, Yves Rocher, Kenzo, Salomon, Arc'teryx, une boutique Céline avenue Montaigne, un PMU, une poste. À Bordeaux, « jusqu'à cent magasins pillés » selon le maire Thomas Cazenave. À Toulouse, des dizaines de boutiques aux rideaux arrachés. À Lyon, la Presqu'île pillée et l'office de tourisme incendié. À Marseille, quarante magasins. Au Mans, à Rennes, à Nice. À Limoges, l'hôtel de ville en cendres.
Rue Beaurepaire, Aline, gérante du bar-tabac La Barrique, a raconté à franceinfo : « Ils ont soulevé tous en même temps et ils ont cassé les grilles. » « Ils m'ont frappée. J'ai des points de suture. » En première ligne, « un jeune de 12, 13 ans maxi ». Les pillards « avaient des sacs bien solides pour pouvoir prendre au maximum ». Place de la République, un couple de plus de quatre-vingts ans aurait été dépouillé de ses bijoux et d'une partie de ses vêtements, et laissé en sous-vêtements sur la voie publique (BFMTV, Le Parisien). Le syndicat Unsa-Police parle de forces « complètement débordées », qui n'ont « pas réussi à tenir les centres-villes », avec des effectifs sous-évalués et un manque de mu*****ns ; plus de cinq cents policiers, gendarmes et pompiers ont été blessés. Le « on n'a pas l'ordre » que le commerçant entend dans la chanson est sa scène à lui, celle de milliers de vitrines éventrées sous les yeux d'une police qui ne pouvait ou ne devait pas bouger : aucune consigne officielle de ce genre n'a été rendue publique, et le ministre de l'Intérieur avait demandé début octobre des forces « moins visibles » et « plus à distance ».
Et le président ? La veille, il était au concert de Céline Dion, dans une loge. Le lendemain, trois phrases sur un écran : « Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos », « poursuivis et punis ». Puis une allocution annoncée pour le dimanche soir à vingt heures, dont une journaliste a listé d'avance les mots : « sursaut républicain », « apaisement », « grande concertation », « la faute des réseaux sociaux ». Neuf ans de « gens qui ne sont rien », de la faute aux autres, aux guerres, aux parents. Le Rassemblement national et les Écologistes réclament la démission du ministre de l'Intérieur. Le commerçant de la chanson, lui, demande celle du président, et un juge pour tous les responsables : ceux qui ont cassé, ceux qui ont laissé faire, ceux qui ont excusé.
Comme toute satire, cette chanson utilise l'exagération, le second degré et la caricature pour nourrir le débat public.
Les vitrines sont vraies, les images aussi. Le commerçant qui chante, lui, a été écrit avec de l'intelligence artificielle, à partir de ce que les vrais ont dit. On ne vous cache rien : au moins, nous, on vous le dit.
▶️ La chanson complète : https://www.youtube.com/watch?v=RIpfzyQo_6k
Mille cinq cents commerçants pillés en une journée, et un président qui chantait la veille. Pour vous, qui doit payer : les casseurs, ceux qui les ont laissé faire, ceux qui les ont excusés, ou celui qui a laissé la France arriver là ?