07/02/2021
En ce mois de FEVRIER 1941, Robert travaille dans une ferme d'Auerbach (près de Zwickau dans la région de Saxe). "Voyons maintenant mes impressions sur ma nouvelle ferme, laquelle me paraît plus conséquente que celle de la veille : elle possède en effet : 8 vaches, 8 cochons, 2 juments et une basse-cour assez importante.
Je commence par nettoyer l’étable et donner à manger aux vaches ; vient ensuite le petit-déjeuner : ce sera la plus grande humiliation depuis ma captivité ! J’aurais pris une gifle ou un coup de pied, là où je pense, cela n’aurait pas été pire ! On me laisse seul dans l’étable au milieu des vaches et des cochons et, quelques instants après, la patronne m’apporte mon casse croûte et mon café pour déjeuner dans cette étable ! C’est un comble, et jamais je ne pardonnerai cet acte, j’avais été si bien reçu la veille ! Cela ne m’a guère encouragé et il y avait de quoi être vexé.
En outre, le midi, je mangeais bien dans la cuisine, mais sur une table à part, cela était régulier ma foi, car il ne faut pas oublier que j’étais prisonnier.
Mais les repas étaient courts, très courts. Le midi, en général, le mets était bouillant, et, 10 minutes après, il fallait reprendre le travail. Oh ! cela allait mal ! Est-ce que ce manège allait durer ? Eh bien oui, les déjeuners dans l’étable et les repas rapides ont continué pendant longtemps, mais le principal était que j’aie mon nécessaire en nourriture, cependant, certains jours, cette dernière était restreinte.
Le quatrième jour que j’étais chez ces patrons, ils m’ont offert un paquet de ci******es, ce qui m’a semblé bon, car je n’avais pas fumé depuis ma capture : ce geste m’a quand même remonté le moral et ne souhaitais plus qu’à avoir des nouvelles des miens à qui je pensais sans cesse.
Avant de passer à tous les divers évènements mensuels, voici mes impressions du début sur les gens qui travaillaient avec moi. Le patron avait l’air tout abruti par le travail, mais pas méchant homme ; il comprenait souvent que je ne pouvais travailler comme un homme en possession de tous ses moyens physiques et comme un véritable fermier.
Moi, petit parigot et bureaucrate, cela me changeait de tenir la fourche, la pelle ou la pioche ! La patronne ne s’occupait guère de mon travail, elle faisait une cuisine bonne (pour l’Allemagne) et s’occupait surtout de ses 4 enfants (2 garçons, 2 filles) ; donc, pour moi, elle n’était pas bien méchante.
La petite bonne était le plus souvent avec moi et, malgré son jeune âge, elle me demandait et me disait ce qu’il fallait faire. Pas trop désagréable au travail, elle devait certainement parler de moi en arrière et ne me paraissait pas franche. Je me tenais donc sur mes gardes, car c’était un peu une espionne.
Naturellement, tous les soirs, nous rentrions au local appelé « kommando » ; nous finissions à 19 h 30 et la sentinelle venait nous chercher, elle nous causait en route et n’était vraiment pas méchante avec nous.
D’autre part, tous les soirs aussi, commentaires sur chaque journée passée et étude des mots allemands, appris ou plutôt entendus dans le travail : c’est ainsi que chaque jour je progressais un peu dans la connaissance de la langue allemande." (pp47-48) ADIEU PANAME.