02/08/2019
Djama Houssein Robleh secrétaire général du MRD s'adresse directement à Hassan Saïd Khaireh pour les abus du pouvoir dont il a été victime juin dernier.
Lettre ouverte du Secrétaire général du MRD, Monsieur Djama Houssein Robleh, au Directeur de la sécurité nationale, Monsieur Hassan Saïd Khaireh
Monsieur le Directeur,
Je vous adresse cette lettre ouverte suite à ce que j’ai subi du 19 au 20 juin 2019 aux mains du Service de documentation et de sécurité (SDS) qui relève de votre compétence.
En provenance de la banlieue populaire Balbala, je circulais tranquillement sur la Route de Venise, à Djibouti-ville, au volant d’une automobile, lorsque, mercredi 19 juin 2019 à dix heures, deux véhicules m’ont soudain bloqué et que plusieurs hommes en ont surgi vers moi, se présentant comme agents du SDS. Ils m’ont menotté, m’ont recouvert la tête avec un sac et m’ont fait descendre de ma voiture pour me jeter dans l’une des leurs.
Dans les minutes qui ont suivi cette arrestation brutale, les agents du SDS m’ont conduit à ce qui m’a paru être le siège du service au Plateau du Serpent, non loin de l’ancienne gare ferroviaire de notre capitale.
Là, la tête encore recouverte, j’ai été fouillé au corps. Mon téléphone portable, ma montre, mes lunettes, ma ceinture, mes chaussures ainsi que mon portefeuille, qui contenait une somme d’argent de 124 000 francs Djibouti, m’ont été confisqués. Puis, j’ai été assis sur une chaise à laquelle j’ai été menotté par les deux mains, les yeux recouverts d’un bandeau au lieu du sac.
C’est dans cette position inconfortable qu’un interrogatoire sur mes activités politiques, a débuté. J’ai demandé à être détaché avant de répondre aux questions des agents, mais j’ai reçu des gifles sur le visage, ce à quoi j’ai verbalement protesté. J’ai dû ''répondre'' aux questions sans objet des agents sur les activités du MRD, ses moyens, son projet pour l’élection présidentielle de 2021, etc. Plusieurs agents des deux sexes m’ont interrogé, s’absentant après chaque série de questions comme pour aller soumettre mes réponses à leur supérieur qui devait se trouver dans une autre pièce.
L’interrogatoire s’est poursuivi jusqu’à 20 heures, durée entrecoupée par une pause à l’heure du déjeuner. J’ai refusé le déjeuner qu’ils m’ont proposé et dont je ne savais pas de quoi il était composé.
Après ce long et épuisant interrogatoire, j’ai été jeté dans une cellule des plus insalubres et des plus saturées de chaleur où j’ai passé une nuit blanche, sans boire ni manger, car j’ai également refusé leur mystérieux dîner.
Les agents du SDS m’ont sorti de la cellule le lendemain 20 juin 2019 à 8 heures pour me soumettre de nouveau à leurs questions jusqu’à 11 heures, heure à laquelle j’ai été rejeté dans la cellule.
N’ayant bu ni mangé depuis plus de 24 heures, mon énergie commençait à décliner. Je commençais à aller mal.
Sans explications aucunes, j’ai été extrait de la cellule vers 16 heures et mes affaires m’ont été restituées, sauf la somme d’argent dont ils m’ont dit qu’elle me serait rendue plus t**d.
Puis, j’ai été jeté, les yeux encore bandés, dans une voiture qui a circulé en ville durant une heure avant de s’immobiliser dans une ruelle du Plateau du Serpent. Là, j’ai été sorti de la voiture et conduit à pied un peu plus loin. Un agent m’a alors retiré le bandeau des yeux et a disparu en courant avec ordre de ne pas me retourner. C’est donc à 17 heures que j’ai retrouvé la vue, la liberté et mon véhicule.
A ce jour, je ne sais toujours pas pourquoi tout cela m’est arrivé. A ce jour, ma somme d’argent ne m’a toujours pas été restituée. A ce jour, j’attends toujours.
Et comme rien ne vient et que je ne peux avoir un accès normal à vous, je choisis de vous écrire publiquement, Monsieur le directeur, pour comprendre pourquoi vos subordonnés ont agi de la sorte à mon encontre et pourquoi ils gardent encore la modeste somme d’argent qu’ils m’ont confisquée.
J’attends votre réponse à ma lettre.
Djama Houssein Robleh
Secrétaire général du MRD