16/01/2024
Après le mouvement victorieux contre la réforme des retraites en 1995, celles et ceux qu'on appellera désormais les « sans-papiers » vont faire irruption sur le devant de la scène en occupant l'église Saint-Ambroise à Paris, en mars 1996. Dans cette brèche ouverte vont émerger de nombreux collectifs de sans-papiers à la composition et aux choix politiques variés, des manifestations importantes dont quelques-unes se sont frayées un chemin jusqu'aux centres de rétentions où sont enfermés les étrangers en instance d'expulsion, et des interventions de gens avec papiers qui trouveront leur propre place dans le mouvement pour composer un rapport de force face à la gestion étatique des immigrés.
Ce qu'on appelle à l'époque la «gauche plurielle»» (PS, PC, les Verts, Mouvement des Citoyens) et ses avatars associatifs (SOS Racisme, Droits devants...) va tout faire pour restreindre la lutte d'une part à un scandale moral, d'autre part à un problème de «gestion'» de l'immigration. Cette gauche, qui arrive au gouvernement en 1997, va se retrouver au commande gérer le « problème migratoire|»|: ficher et trier les sans-papiers, remettre une partie d'entre eux dans la clandestinité, et expulser les indésirables, tout en continuant d'être présent dans la mobilisation de rue !
Pour autant, cette crise politique va engendrer une multitude d'initiatives, de pratiques et d'organisations nouvelles, conflictuelles et autonomes qui se poursuivront sous le gouvernement de gauche qui prolongera la politique d'expulsion après son arrivée au pouvoir.
L'objectif de cet atelier n'est pas de transmettre ni d'établir une histoire de ce mouvement, mais d'en faire ressurgir la mémoire au travers de quelques films et textes de l'époque dont il s'agira de s'emparer collectivement.
Il n’est pas tant question ici de transposer la situation de 1996 à un actualité très différente, mais de questionner la situation actuelle en retissant le fil des luttes passées.