02/09/2026
🇫🇷 Prise de parole de M. le Maire de Romorantin-Lanthenay à l'occasion du 82ème anniversaire de la Libération de la Ville. 2 septembre 2026 🇫🇷
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Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques,
Chers Romorantinais, chers amis,
Il y a quatre-vingt-deux ans, Romorantin retrouvait la liberté.
Mais cette liberté ne vint pas en un instant.
Elle fut précédée de plus de quatre années d’Occupation.
Le 18 juin 1940, les troupes allemandes traversent Romorantin. La caserne et le collège sont occupés. La Kommandantur s’installe place du Château.
Commencent alors quatre longues années de peur, de privations, d’humiliations.
Quatre années pendant lesquelles notre ville doit apprendre à vivre sous le regard et le contrôle de l’occupant.
Puis vient cet été 1944.
Depuis le débarquement de Normandie, les armées alliées progressent.
L’occupant recule.
La Résistance sort de l’ombre.
Et ici, à Romorantin, chacun comprend que la fin approche.
Mais personne ne sait encore que les derniers jours seront parmi les plus dangereux.
Le 19 août, les Allemands incendient leur stock de matériel entreposé dans la Halle.
La garnison allemande quitte la ville.
Alors, on veut croire que tout est terminé.
On sort les drapeaux.
Les groupes des maquis prennent position dans la ville et installent leur quartier général à la sous-préfecture.
Romorantin se croit libre.
Elle ne l’est pas encore.
Commencent alors près de deux semaines incertaines et tragiques, dans cette zone terrible qui sépare parfois la guerre de la paix.
Le 20 août, un convoi d’environ 150 Allemands venant de Blois s’arrête au château de la Flandrinière, à deux kilomètres de la ville.
Au début de l’après-midi, les premiers combats éclatent.
Roland Braun, résistant français, est tué route de Mur.
Narcisse Corset, résistant de Romorantin qui se rendait à Mur-de-Sologne pour porter un message, est intercepté par les Allemands.
Plus à l’ouest, Roger Chalault et Marcel Bour, envoyés en éclaireurs, sont surpris et faits prisonniers.
Les affrontements se poursuivent le lendemain.
Et, le 21 août, alors que l’arrière-garde allemande s’apprête à quitter les lieux, le sort des trois prisonniers est scellé.
Marcel Bour.
Roger Chalault.
Narcisse Corset.
Tous trois sont fusillés à la ferme de la Flandrinière.
Trois hommes.
Trois vies.
Trois Français qui ne verront jamais cette liberté pourtant si proche.
Le 22 août, la guerre revient jusque dans les rues de Romorantin.
Une importante colonne motorisée allemande, équipée d’armes lourdes et venant de la direction de Selles, arrive dans le quartier du Bourgeau.
La tension monte.
Les tirs s’intensifient.
Sur le quai de l’Île Marin, le gendarme Paul Derouette, qui rentrait de son service de nuit, est tué.
Pierre Fessenmeyer, résistant FFI du groupe de Loreux, venu participer à la défense de la ville et empêcher le passage des Allemands par le gué de la Sauldre, tombe au combat.
Dans le quartier de l’Île Marin, Alphonse Robin, agent de police, tente d’éteindre un incendie allumé par les Allemands.
Il est arrêté.
Puis fusillé dans le parc du château de Beauvais.
Le lendemain, 23 août, un jeune résistant chargé de garder la prison est arrêté.
Il s’appelle Serge Ladeveze.
Après un court interrogatoire, il est fusillé.
Il avait vingt ans.
Deux jours plus t**d, le 25 août, Roger Legrand, résistant du maquis « Clovis », fait prisonnier deux jours auparavant lors d’un accrochage avec une colonne blindée allemande au nord de Millançay, est à son tour fusillé.
Ici, place du Château.
Et la liberté n’est toujours pas là.
Puis vient le 1er septembre.
Nous sommes désormais à quelques heures seulement de la délivrance.
Depuis la veille, des postes de garde allemands se sont installés au nord de la ville.
Deux FFI de Romorantin, appartenant au groupe Audebert, Olivier Rocher et Maurice Mariotte, quittent la ferme de la Coudre, à Loreux, avec une mission : aller chercher de l’essence dans le secteur de Romorantin.
Ils sont interceptés au carrefour de Bel-Air.
Amenés au poste de commandement allemand.
Torturés.
Puis exécutés dans le parc du château de Bel-Air.
Ils meurent le 1er septembre 1944.
La veille de la Libération.
Ils ne verront pas ce lendemain qui arrive.
Le 2 septembre 1944.
Au matin, les dernières troupes allemandes évacuent Romorantin.
Cette fois, pour de bon.
Plus de quatre années d’Occupation s’achèvent.
Les FFI et les FTP reviennent prendre possession de la ville.
Romorantin est en liesse.
Les habitants sortent.
Les drapeaux apparaissent.
On se retrouve.
On s’embrasse.
On pleure.
Et puis, à 17 heures, une voiture arrive place du Château.
À son bord, deux Américains.
Elle s’arrête pendant une demi-heure.
Et les témoins nous ont laissé ces mots :
« Un enthousiasme indescriptible. »
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Après plus de quatre années d’Occupation, après les combats, après les arrestations, après les fusillades, après tant d’attente et tant de morts,
Romorantin était enfin libre.
Mes chers amis,
Quatre-vingt-deux années ont passé.
Pour la plupart d’entre nous, cette guerre appartient désormais à l’Histoire.
Et c’est précisément là que commence notre responsabilité.
Car lorsque disparaissent les derniers témoins, la mémoire ne peut plus reposer sur leurs épaules.
Elle repose sur les nôtres.
Nous sommes désormais les dépositaires de ces noms.
Roland Braun.
Narcisse Corset.
Roger Chalault.
Marcel Bour.
Paul Derouette.
Pierre Fessenmeyer.
Alphonse Robin.
Serge Ladeveze.
Roger Legrand.
Olivier Rocher.
Maurice Mariotte.
Et avec eux, tous ceux dont les noms sont gravés sur notre monument.
Résistants.
Combattants.
Déportés.
Victimes de la guerre et de la barbarie nazie.
Les honorer, c’est d’abord ne pas les oublier.
Mais les honorer, c’est aussi transmettre.
C’est expliquer à nos enfants que la liberté n’est jamais définitivement acquise.
Qu’elle est un héritage.
Qu’elle est une exigence.
Qu’elle est une responsabilité.
Ces hommes avaient leurs familles, leurs métiers, leurs opinions, leurs espérances.
Ils avaient une vie.
Ils n’étaient pas nés pour devenir des héros.
Mais un jour, l’Histoire les a placés devant un choix.
Se soumettre.
Ou résister.
Ils ont choisi la France.
Alors aujourd’hui, devant ce monument, notre devoir n’est pas seulement de nous souvenir.
Notre devoir est de nous montrer dignes.
Dignes de ceux qui refusèrent l’abaissement.
Dignes de ceux qui combattirent.
Dignes de ceux qui tombèrent.
Dignes aussi de tous ceux qui, venus d’ailleurs, combattirent aux côtés de la France pour abattre le nazisme et rendre sa liberté à notre pays.
La France n’oublie pas ses amis.
Romorantin ne les oublie pas.
Il y a quatre-vingt-deux ans, sur cette place, des hommes, des femmes et des enfants ont compris mieux que nous ne pourrons jamais le comprendre ce que signifie véritablement le mot liberté.
Ils le savaient parce qu’ils venaient d’en être privés pendant plus de quatre ans.
Nous avons, nous, l’immense privilège d’être nés libres.
À nous de ne jamais considérer ce privilège comme une évidence.
À nous de transmettre cette mémoire.
À nous de défendre cette République.
À nous de faire vivre cette France pour laquelle tant d’hommes et de femmes ont accepté de tout risquer.
Alors souvenons-nous.
Transmettons.
Et soyons dignes.
Vive Romorantin-Lanthenay.
Vive la République.
Et vive la France.🇫🇷