22/07/2026
Elle s'appelait Simone Michel-Lévy.⠀
Née le 19 janvier 1906 à Chaussin, dans le Jura. Père plâtrier-peintre. Mère couturière. Pas de fortune, pas de réseau. Juste deux mains et une volonté de grandir par le travail.⠀
À seize ans, elle entre à l'administration des PTT. En 1939, elle est contrôleur-rédacteur à Paris, au département Commutation. Une carrière bâtie depuis rien. Une vie ordinaire — jusqu'à l'Occupation.⠀
Puis arrive la défaite. Et Simone Michel-Lévy dit non.⠀
En décembre 1940, elle s'engage. En 1941, avec Émile Pruvost et Marcel Horvais, elle bâtit le réseau clandestin « Action PTT ». Ce qu'elle construit, l'occupant ne le voit pas — c'est précisément le but. Des boîtes aux lettres clandestines disséminées dans toute la France. De fausses cartes d'identité professionnelles pour protéger les résistants en transit. Des postes émetteurs radio déplacés d'appartement en appartement, pour que Londres entende toujours une voix française. Elle s'appelle Emma. Ou Françoise. Ou Madame Royale. Elle a plusieurs noms. Plusieurs visages. Aucun que l'ennemi puisse saisir.⠀
Le 5 novembre 1943, un opérateur radio du réseau trahit.⠀
Simone est arrêtée à Paris. Transférée à Fresnes. Torturée — le supplice de la baignoire, notamment. Ils veulent des noms. Elle n'en livre aucun. Pas un seul. Le reste du réseau lui doit la vie.⠀
Fin janvier 1944, elle est déportée. Le 3 février 1944, elle arrive à Ravensbrück. Dans ce camp, elle organise une chorale clandestine — pour que les femmes autour d'elle se souviennent qu'elles ont encore une voix.⠀
En avril 1944, transfert au kommando de Holleischen, en Tchécoslovaquie, rattaché au camp de Flossenbürg. Elle est contrainte de fabriquer des munitions anti-aériennes pour l'armée allemande.⠀
Alors elle sabote.⠀
Avec Hélène Lignier et Noémie Suchet, elle organise la destruction discrète de la chaîne de fabrication. La presse mécanique est endommagée. Elles sont découvertes. Pour punir l'exemple, Simone reçoit vingt-cinq coups de bâton — en public, devant toutes les détenues rassemblées.⠀
Condamnée à mort.⠀
Transférée au camp souche de Flossenbürg, Simone Michel-Lévy est pendue le 13 avril 1945 — avec Hélène Lignier et Noémie Suchet, ses deux camarades de sabotage. Elle a 39 ans.⠀
Dix jours plus t**d, les Alliés libèrent le camp.⠀
Dix jours.⠀
Elle figure aujourd'hui dans un décret, sur une plaque, dans un registre. Compagnon de la Libération — l'une des 6 femmes seulement, sur 1038. Un timbre à son effigie en 1958. Des plaques de rue dans quelques villes.⠀
La Résistance de l'ombre — les réseaux, les filières, les femmes qui tenaient les fils invisibles — a été écrasée sous le récit des maquis et des combats. Plus masculine, donc plus racontée. Simone Michel-Lévy reste absente des manuels scolaires. Absente de la culture générale.
La mémoire ne se transmet pas toute seule.