27/06/2025
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Stade XXL, débat XS - Le groupe écologiste alerte : pas de grands projets sans grands débats
À l’aube du conseil métropolitain a été annoncée une délibération actant le lancement d’une étude foncière visant à rechercher un site – potentiellement unique – pour accueillir un nouveau stade de football de 20.000 places et une nouvelle patinoire de près de 10 .000 places.
Pour rappel, le projet de nouveau stade, lancé dans la presse en 2024, n’a jamais été débattu collectivement au sein d’une assemblée métropolitaine. L’hypothèse d’une nouvelle patinoire surgit également sans consultation préalable, ni information claire adressée aux groupes politiques représentés. Nous déplorons cette méthode de gouvernance, ce passage en force sur des projets engageant potentiellement près de 200 millions d’euros pour le stade, et 60 millions d’euros pour la patinoire.
Ces montants interrogent. D’une part, ni le stade ni la patinoire ne figuraient dans le programme de la majorité métropolitaine élue. D’autre part, la vision d’avenir dessinée par la Convention citoyenne des Transitions – présentée lors du conseil métropolitain du 30 septembre 2024 – fixe un cap et une ambition très différente : logement, mobilités, renaturation. Nous souhaitons donc que de tels montants d’investissement soient consacrés en priorité aux chantiers majeurs identifiés collectivement.
« À l’heure où chaque euro public compte et où le dérèglement climatique n’est plus un horizon lointain mais une réalité quotidienne, relancer des équipements XXL sans se demander pour qui et à quel prix, c’est faire comme si rien n’avait changé, regrette Jean-Michel Bérégovoy, élu rouennais à la Métropole. Bien sûr que le sport compte – il rassemble, il fait vibrer. Mais notre époque exige des choix clairs : veut-on multiplier les coups d’éclat ou retisser les liens ? Mettre l’accent sur le prestige ou sur le quotidien ? Le mandat avait commencé avec l'objectif partagé de repenser et de construire le monde d'après, il se termine dans le monde d'avant, celui d'une gauche productiviste, insensible aux grands défis du XXIe siècle. »
Faut-il, dès lors, engager une telle orientation sans débat démocratique ? Ne serait-il pas plus juste d’attendre les prochaines élections municipales pour poser ces choix devant les habitant·es ?
Le contenu même de la délibération appelle à la vigilance. En deux pages, aucune mention n’est faite de l’état actuel des infrastructures sportives, ni de l’avis des clubs directement concernés : le Rouen Hockey Elite 76 (RHE76), Quevilly Rouen Métropole (QRM) et le Football Club de Rouen 1899 (FCR). L’absence de diagnostic préalable fragilise la démarche. Cela nous semble bien insuffisant pour décider aujourd’hui de la viabilité d’un tel projet.
En tant qu’élu·es écologistes, nous défendons une dépense publique rigoureuse, alignée sur les besoins concrets de la population. Les derniers exemples français de grands stades de football, que ce soit celui du Mans, surdimensionné, sous-utilisé et financièrement lourd pour la collectivité, ou celui de Bordeaux, tristement vide, devraient alerter sur les risques de dérive. Investir 200 millions d’euros dans un stade pour deux clubs de National, quand le stade Diochon est rarement plein malgré ses 10.000 places, relève d’un choix que nous ne partageons pas.
« Un tel niveau d’investissement public, sans débat citoyen et sans priorisation des besoins vitaux, révèle, selon Fatima El-Khili, conseillère métropolitaine déléguée au quartier Flaubert, un profond décalage entre les symboles choisis et les urgences vécues. Le logement, l’adaptation climatique, la reconquête des friches, le renforcement de la biodiversité, voilà les vraies arènes de notre époque. »
À l’inverse, une réflexion sur une nouvelle patinoire peut nous sembler fondée. Les résultats du RHE76, sa capacité d’attraction et l’engorgement régulier de la patinoire Nathalie Péchalat en attestent. Nous demandons donc une dissociation du vote, tant les deux projets ne répondent pas aux mêmes logiques, ni aux mêmes besoins.
Ces décisions ne sont pas anodines. Elles engagent notre territoire pour plusieurs décennies, financièrement et symboliquement. Elles doivent être mûries, partagées, confrontées aux besoins essentiels. Ce n’est pas être contre le sport que de poser les bonnes questions au bon moment. C’est être responsable. C’est regarder l’avenir sans vertige, mais sans cécité non plus.