14/04/2026
La photo est de nous. En même temps, on est les plus rapides du pays... 😏
Régulièrement, les médias rapportent l’étonnement ou l’agacement de personnes face à l’activité d’avions militaires. C’est effectivement parfois surprenant ou générateur d’inquiétude pour une population qui a certainement perdu l’habitude depuis la fin de la Guerre froide.
Expliquons donc en quoi consistent ces « nuisances » et ce qu’il faut en comprendre.
Tout d’abord, de quels vols parle-t-on ? Il s’agit essentiellement de :
1. Des passages à basse altitude (BA) dans le cadre de l’entraînement des forces ;
2. Des événements supersoniques lors d’une intervention de la permanence opérationnelle ;
3. Des actions cinétiques très précises, toujours à l’occasion de vols d’entraînements qui nécessitent des manœuvres très dynamiques.
Commençons par les vols BA.
Pour des raisons tactiques (par ex. : évasion à la détection radar, masquage visuel), les équipages s’entraînent à voler bas pour créer l’aisance et l’assurance nécessaires à un exercice technique et générateur de stress. Voler vite et bas ne vient pas naturellement, il faut s’y habituer pour développer une familiarité avec la proximité du sol, le défilement et un schéma cognitif spécifique.
Ces vols sont encadrés, en France, par des textes publiés par la DIRCAM. On ne peut évidemment pas faire n’importe quoi. Toute la France, à l’exception de zones spécifiques, peut être survolée à une altitude minimale de 500 ft (+150 m) et à une vitesse maximale de 450 kt (830 km/h).
Pour voler plus bas et plus vite, les avions exploitent le réseau très basse altitude (RTBA) publié par la DIRCAM et accessible à toute personne intéressée ( https://www.dircam.dsae.defense.gouv.fr/index.php/fr/documentation-4/cartes-rtba). Le RTBA est activable par portions et son utilisation est signalée en avance sur le site du SIA (https://www.sia.aviation-civile.gouv.fr/schedules). En fonction de la portion activée, les aéronefs peuvent descendre très bas jusqu’à une limite de sécurité fixée par la hiérarchie et dépasser les 450 kt sans pour autant accéder au supersonique. Nul doute qu’un randonneur en balade le long des crêtes qui mènent au Puy Mary pourrait sursauter s’il est survolé par un Mirage 2000D avec ce profil de vol...
Il est donc normal de s’entraîner dans ce domaine, même en temps de paix et au-dessus du territoire national, pour consolider les compétences des équipages et leur aptitude à les appliquer sans délai en cas de crise extérieure. Et celles-ci sont nombreuses et récurrentes, amenant les escadrons à projeter des forces au loin pour y défendre les intérêts nationaux.
Concernant le vol supersonique, celui-ci est réglementé par des textes publiés par la même DIRCAM. Pour faire simple, celui-ci n’est permis par le CDAOA que dans en cadre très clairement balisé :
a) Par la permanence opérationnelle, 24h/24, en cas d’urgence mettant en cause la sécurité aérienne (assistance à un avion en détresse, interception impérative d’un aéronef suspect). L’usage du supersonique est alors possible à toutes altitudes après autorisation du contrôle aérien.
b) Pendant un entraînement, toujours sous la supervision du contrôle, sur des branches spécifiques (voir carte) au-dessus de 30000 ft (9000 m). L’avion impliqué doit, en outre, être piloté de manière à éviter les effets d’onde (virages, par ex.) pour ne pas générer des compressions parfois étonnantes. On a connu des portes de garage dégondées, des troupeaux en folie, quelques vitres cassées. La physique a parfois ses mystères.
Le vol supersonique est aussi possible au-dessus des espaces maritimes à toutes altitudes à plus de 30 km des côtes. Les pilotes appliquent la règle « voir et éviter » pour se tenir à l’écart des navires évoluant dans la zone survolée.
Comprenez enfin que les chasseurs ont un domaine d’emploi très dynamique et que la vitesse est souvent un atout pour survivre en milieu contesté. Les pilotes les exploitent aux limites de la réglementation pour en tirer le meilleur. Il peut arriver que lors d’une manœuvre de combat, un bref passage en supersonique provoque le fameux « bang » que relaient les journaux. Juste un dixième de point de Mach suffit pour déclencher des alarmes de voiture, faire sursauter le chat ou vibrer les assiettes dans l’armoire. Mais c’est un prix très symbolique à payer pour que nos aviateurs restent performants.