01/09/2026
« De l'autre côté du miroir »
Paul a 34 ans et déjà plusieurs vies derrière lui. Bourgogne, Guadeloupe, Bourgogne — et depuis 2012, l'Alsace. Il avait 20 ans, c'était son premier job. Il ne savait pas encore qu'il resterait.
Bourgogne, Guadeloupe, Alsace
Paul a 34 ans et déjà plusieurs vies derrière lui. Bourgogne, Guadeloupe, Bourgogne — et depuis 2012, l'Alsace. Il avait 20 ans, c'était son premier job. Il ne savait pas encore qu'il resterait.
Avant l'Alsace, il y a donc eu la Guadeloupe — cinq ans d'enfance à Malendure, sur la côte ouest, entre la mer et la Soufrière. Voilà ce qui explique le médaillon épousant la forme en papillon de Grande-Terre et Basse-Terre que Paul ne quitte pas. Retour en Bourgogne pour le collège, le lycée et une formation dans le vin ; on est Bourguignon ou on ne l'est pas !
Il y a surtout eu Cupidon qui s'est manifesté. Les amours de lycée résistent rarement aux études supérieures — mais parfois si ! Sa chérie vient faire ses études d'orthophoniste en Alsace et tombe amoureuse de la région. Paul n'hésite pas : « Il y a des vignes en Alsace, ma mère est née à Colmar, je me suis dit que ça faisait sens. » Il fait ses bagages et trouve un emploi dans un domaine viticole à Ribeauvillé.
Le combi Volkswagen et Vino Varlot
Quelques années plus t**d, le grand saut — il crée sa propre structure : Vino Varlot. Dans un vieux combi Volkswagen des années 70, il emmène des groupes de sept personnes visiter le vignoble alsacien. Caves, dégustations, rencontres. « Je rencontrais des gens du monde entier. » Dont une actrice américaine des Frères Scott, reconnue discrètement sur Wikipédia pendant qu'elle dégustait chez le vigneron.
Le Covid met fin à l'aventure. Paul cherche ce qui vient après.
De l'autre côté du miroir
Ce qui vient après, c'est l'accompagnement. Paul avait été suivi par Initiative Strasbourg lors de la création de Vino Varlot. « Ça m'avait beaucoup plu. J'avais toujours gardé le contact. » Quand Initiative Nord Alsace cherche à renforcer son équipe, il postule. Ce qui fait la différence ? « Peut-être d'avoir eu l'expérience de l'entrepreneuriat. Le parcours du créateur, je l'ai vécu personnellement. » Depuis cinq ans, il n'a pas bougé — ce qui, à 34 ans, ne lui était jamais arrivé.
Lors de l'entretien d'embauche, le président a dit : « Ici, le maître mot, c'est la bienveillance. » Après un an et demi dans l'immobilier — « un milieu très requin » — ça fait l'effet d'une fenêtre ouverte. Aux côtés de Katia, puis de Clémentine, entouré de bénévoles qu'il décrit avec admiration — Raymond, Pierre, Martine pour ne citer qu'eux — Paul a trouvé un environnement qui lui ressemble. « Je suis content de me lever le matin. »
Les journées ne se ressemblent pas
« Les journées se suivent et ne se ressemblent pas — et tant mieux. » Des rendez-vous avec des porteurs de projet, des animations pour former les futurs entrepreneurs à la gestion, des comités d'agrément où les dossiers sont présentés. Et une part croissante de communication. « On s'ennuie pas. »
Ce qu'il aime par-dessus tout, c'est la franchise des relations. « Les gens qu'on a en face savent qu'on est là dans leur intérêt. » Un luxe qu'il n'avait pas dans le commerce, où la relation humaine finit toujours par se résumer à une remise ou une marge. Ici, pas de concurrence, pas d'argent entre les acteurs — juste un objectif commun. « Je me sens moins à devoir jouer un rôle. »
Il y a aussi le territoire lui-même, qu'il arpente avec un regard attentif — celui de quelqu'un qui n'y habite pas mais qui le connaît au travers de chaque projet accompagné, de chaque reconversion réussie. « Je suis parfois frustré de ne pas habiter là, parce que je dis à ma femme : j'ai accompagné un truc, c'est extraordinaire. »
Guitare, scène et Gevrey-Chambertin
Et puis il y a la vie artistique de Paul, une autre facette qu'il évoque avec l'œil qui pétille. Paul chante et joue de la musique. À Dijon, il avait un groupe, quelques concerts en Côte-d'Or, un EP enregistré. En Alsace, c'est plus acoustique — guitare-voix avec un ami, un répertoire rock alternatif inspiré par Oasis, Red Hot Chili Peppers, et les Cowboy Fringants, groupe canadien francophone « avec de beaux textes ». Si l'occasion de jouer dans un bar se présente, ils la saisissent. Il y a aussi le théâtre, l'improvisation, activité mise en pause depuis quelques années mais pas abandonnée. On sent l'appel du jeu et de la scène se réveiller.
Paul nourrit aussi une passion pour le vin. Pour la gastronomie car « quand on dit vin, on peut passer pour un alcoolique », précise-t-il en riant. « Ce qui est passionnant avec le vin, c'est de découvrir les terroirs, d'échanger avec les vignerons. » Ses préférences — politiquement correctes — l'Alsace pour les blancs, la Bourgogne pour l'émotion — « un bon Gevrey-Chambertin, on ne peut pas concurrencer » — même si les prix donnent le vertige.
Le combi Volkswagen remisé, Paul s'épanouit dans un métier où la relation est franche, l'objectif sain, et le réveil facile. Il accompagne des gens qui osent, qui parient sur eux-mêmes, qui arrivent avec un projet et repartent avec un plan. À son fils de trois ans, il explique qu'il aide les gens à créer leur entreprise. « Il ne comprend pas encore exactement ce que ça veut dire. » Mais Paul, lui, sait exactement pourquoi il le fait — et ça, ça n'a pas de prix.
« Que ça continue », dit-il en souriant.
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