24/04/2025
Incendies volontaires à Thouars - un révélateur des fractures sociales
Dans la nuit du 22 au 23 avril, 21 véhicules ont été incendiés en plein centre-ville de Thouars. Pour les habitantes et habitants concernés, c’est un bouleversement brutal. La voiture est un outil de travail et l’un des seuls moyens de transport pour les déplacements quotidiens. Derrière chaque voiture calcinée, ce sont des vies chamboulées et des situations précaires qui deviennent soudain critiques. À toutes celles et ceux qui ont été touchés, nous exprimons notre solidarité et notre compassion.
Nous saluons également l’intervention rapide des sapeurs-pompiers et des services de police. Leur mobilisation dans la nuit a permis d’éviter un bilan plus grave encore, et leur engagement mérite d’être souligné.
Il est légitime que ces actes suscitent colère et inquiétude. Mais au-delà de l’émotion, il nous semble essentiel d’interroger le contexte plus large dans lequel ils s’inscrivent. Car ce que certains appellent “insécurité” ne peut être compris sans évoquer l’insécurité sociale et alimentaire croissante que vivent de nombreux habitants de notre ville.
Thouars, comme tant d’autres territoires oubliés des grandes décisions politiques, subit de plein fouet les conséquences de la précarité économique, du repli sur soi, du manque de services publics de proximité. L’isolement, la fracture intergénérationnelle, l’absence de médiation dans plusieurs quartiers, et la perte de repères collectifs forment un terreau propice aux tensions. Ce sont ces fractures-là qu’il faut interroger si l’on veut comprendre, et agir.
Or, que constate-t-on ?
En 2020, le maire actuel Bernard Paineau promettait une politique de « zéro tolérance », un renforcement de la vidéosurveillance, la transformation des ASVP en « véritable police municipale », et la fin d’un prétendu « laisser-faire ». Cinq ans plus t**d, les faits sont là : malgré cette rhétorique sécuritaire martelée, les événements graves se sont répétés. Les mêmes causes ont produit les mêmes effets, parce que la réponse est restée technique, autoritaire et déconnectée du réel.
C’est pourquoi nous pensons qu’un changement de cap est nécessaire. Plutôt que de se retrancher derrière des caméras ou des slogans, nous appelons à un travail de fond pour reconstruire le lien social à Thouars.
Dans cet esprit, plusieurs pistes sont à envisager :
- Un audit transparent et collectif des dispositifs de vidéoprotection actuellement en place permettrait d’évaluer leur réelle efficacité et d’engager un débat citoyen sur les politiques de prévention.
- Un programme d’éclairage public renforcé, avec l’installation progressive de luminaires LED équipés de détecteurs de mouvement, notamment dans les rues du centre ancien et les axes peu fréquentés, pourrait contribuer à améliorer le sentiment de sécurité.
Mais plus encore que des équipements techniques, c’est d’un projet social dont nous avons besoin. Cela implique :
- De renforcer la présence humaine dans les quartiers, par le développement de la médiation sociale et de l’animation de proximité.
- De soutenir les initiatives favorisant le lien intergénérationnel et la participation citoyenne, dans les associations, les lieux de vie, les espaces culturels.
- De rouvrir des espaces de dialogue et d’écoute, pour que les habitantes et habitants puissent se réapproprier leur ville.
Enfin, dans un contexte où les tensions sont attisées par la diffusion croissante de discours simplistes et stigmatisants, il nous semble important de rappeler que la cohésion sociale ne se construit ni dans la peur, ni dans le repli, mais dans la justice, l’égalité et la solidarité.
Ces événements nous appellent collectivement à la responsabilité. Ils rappellent combien le lien social, abîmé ces dernières années par le désengagement politique, mérite d’être réparé et entretenu. Nous souhaitons contribuer à ce travail de fond, avec toutes celles et ceux qui refusent de renoncer à une ville plus juste, plus humaine et plus vivante.