03/06/2026
📢La science engagée pour les mouvements sociaux et écologiques, un nouveau contre-pouvoir face aux puissances responsables du désastre écologique ?📢
☕️À l’occasion de notre café écolo organisé fin mai à Restigné, Matthieu Latapy, chercheur en informatique au CNRS et membre de plusieurs collectifs, dont Scientifiques en Rébellion, est intervenu pour nous partager sa réflexion sur la notion de « science engagée » en nous faisant une présentation au sous-titre provocateur : « « bloquer le pays » comme sujet de recherche ? ».
🔬Au cœur de son intervention : la critique de la prétendue neutralité scientifique. Cette neutralité est souvent invoquée par le chercheur pour éviter de prendre position ou d’assumer une responsabilité. Et lorsque la recherche est appliquée, elle se retrouve fréquemment au service des intérêts des acteurs dominants, comme de grandes entreprises ou des institutions militaires, contribuant ainsi aux crises écologiques et sociales actuelles.
🥐De fait, la recherche s’inscrit alors largement dans la logique de la croissance, avec des effets rebond qui aggravent les problèmes qu’elle prétend résoudre.
🌍Un nombre croissant de scientifiques documentent aujourd’hui la disparition de leurs propres objets d’étude, conséquence directe des dérèglements en cours. Cette situation les conduit à s’interroger sur leur rôle et à s’engager davantage.
💡Alors pourquoi ne pas mettre un peu la Recherche au service de l’autre camp : les mouvements écologiques et sociaux ?
🪧Matthieu Latapy propose ainsi de considérer les mouvements sociaux comme un véritable champ d’application de la recherche. Il plaide en faveur d’une science « pour » les mouvements sociaux, en réponse à leurs besoins concrets, plutôt qu’une science « sur » ces mouvements, souvent perçue comme extérieurs et source de trahison. Cette approche vise à construire des savoirs utiles aux luttes écologistes et sociales, dans une logique de collaboration plutôt que d’observation distante.
Où cette pratique scientifique tirerait-elle sa légitimité ?
👩⚖️Les mouvements sociaux ont historiquement permis des avancées majeures, comme les congés payés. La désobéissance civile trouve son fondement juridique dans la notion « d’état de nécessité » inscrite dans le Code pénal.
Il est donc légitime que des scientifiques mettent leurs compétences au service des luttes sociales et écologiques.
👩🔬Matthieu Latapy nous a finalement rappelé qu’une telle liberté de ton académique est aussi lié au statut protégé de chercheur au CNRS, une spécificité française probablement unique au monde qui permet de mener des enquêtes sans avoir peur des réprimandes de sa hiérarchie.
⚡️À l’heure où le néofascisme menace le monde avec ses « vérités alternatives », nous devons renforcer la liberté académique des chercheurs des institutions du monde de la recherche comme le CNRS, lui-même né en résistance au nazisme au début de la dernière guerre mondiale. Pour que les sciences éclairent le débat public, cet impératif doit être toujours soutenu.