07/02/2026
On l’a fait ! (Surtout sans vous) … Petite leçon de démocratie à 2,2 millions d’euros
Grande nouvelle, nous étions à l’inauguration de la toute nouvelle mairie… sans y avoir été invités. Nous, les élus municipaux d’opposition.
Un détail, sans doute.
Que dire de cette petite sauterie mondaine entre gens du monde, où l’on s’autocongratule à coups de tapes dans le dos et de sourires complices ? Les étoiles étaient parfaitement alignées, costumes de sortie, brochette d’élus bien rangés face aux groupies et badauds, et envolées lyriques du maire dignes du phrasé présidentiel.
« On l’a fait ! » s’est-il exclamé, comme si le quotidien des habitants n’attendait que cela pour s’améliorer, et comme s’il avait été le seul à oser.
En réalité, l’histoire est un peu moins héroïque. Si les précédents maires n’ont pas concrétisé ce projet, ce n’est pas par manque d’audace, mais parce qu’ils savaient parfaitement que l’emplacement était mauvais et que cette mairie était vouée à être relocalisée. Le projet avait donc été repoussé, dans l’attente d’une solution plus pertinente.
Mais bon… « il l’a fait ! » Whaouh. Fallait le dire.
Voyons donc ce qui a été fait.
Sur le plan esthétique, rien à redire. L’ensemble est plutôt harmonieux, propre, visuellement plus agréable. Sauf que l’esthétique ne fait pas le service. À commencer par une accessibilité totalement éludée, comme dans une grande partie des commerces de Vigneux.
Le fameux « on l’a fait » oublie aussi de préciser le prix de cette envie soudaine, au calendrier opportunément calé à la veille des élections.
2 200 000 euros pour un projet esthétiquement réussi, mais non viable à long terme. Car nous le répétons, si une nouvelle majorité devait émerger, cette mairie serait très probablement délaissée au profit d’un lieu plus accessible, comme, par exemple, la bibliothèque, proposition déjà avancée par une candidate d’opposition.
Qu’importe. Les petits biscuits étaient de sortie, accompagnés de leurs coupes élégantes, pour servir de décor à de grandes ambitions. Une manière classique de flatter l’électeur en période cruciale.
Fait notable, plusieurs personnes nous ont interpellés sur notre absence de la liste des invités. Nous avons donc profité de l’occasion pour aller le saluer, lui qui nous évitait jusque-là, et lui faire part de notre étonnement.
Réponse du maire :
« Comme vous étiez contre le projet, je n’avais aucune raison de vous inviter. »
Voilà donc sa conception de la démocratie, être d’accord ou être exclu.
Or, la démocratie, c’est précisément l’inverse, accepter le désaccord, ne pas exclure, laisser chacun s’exprimer.
Et pour parachever cet instant démocratique, précisons que le maire, s’apercevant sans doute que sa réponse pouvait paraître quelque peu… déplacée, s’est empressé de se rattraper. Bien entendu, ce n’était pas ce qu’il pensait réellement. La faute, finalement, aurait été celle d’un collègue dont nous tairons soigneusement le nom et la fonction, pour des raisons évidentes. Un simple oubli, sans doute. Une maladresse passagère.
Une pirouette classique, en somme.