01/05/2020
Cercle de Réflexion Citoyenne4 (CRC4)
[email protected]
Port-au-Prince, vendredi 1er mai 2020
Prot. CRC4 /Note # 3
1er mai : fête du travail et de l’agriculture, une chimère
Le travail tel que revendiqué et structuré à travers le monde comporte à bien des égards de larges nuances suivant la société en question et le statut du « travailleur ». Cependant, toutes les sociétés étant inscrites dans un projet capitaliste et de globalisation sont confrontées au fait que : il n’y a pas toujours de travail pour tous, il n’est pas un donné naturel et par conséquent doit s’adapter au temps, le travail est soumis à un marché ou au marché global ce qui augmente sa fragilité, et enfin participe dans la structuration de la société en même temps qu'elle le structure. Ceci, nous permet de comprendre qu’au-delà des considérations économiques, le travail et la société sont imbriqués dans une relation de construction mutuelle. Ce qui fait que l’ensemble des activités qui donnera corps au « travail » ne doit pas être pensé sans une mise en relation avec un projet de société et toute une vision globale du monde.
Le cas d’Haïti
Comme la majorité des pays du Sud, Haïti fait face depuis plus de 30 ans à une disqualification du travail et un taux de chômage progressifs. Le secteur de la sous-traitance s’est au fil du temps imposé comme le plus grand pourvoyeur « d’emploi » et la seule l’alternative envisagée par les autorités publiques. Le projet du « Parc Caracol » est une prolongation, à quelques exceptions près, du « Parc Industriel» de Port-au-Prince. Les propagandes du gouvernement d’alors peuvent témoigner de son incapacité à penser le travail dans le pays si non que se conformer incessamment aux projets bidons de certains groupes de l’international et du pays.
D’un autre côté, à l’exception des fonctionnaires des ONG et quelques rares institutions privées, les gens qui « travaillent » n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins primaires et ceux de leur famille. Même les fonctionnaires publiques ne sont pas épargnés du grille salarial de misère imposé par l’État et les nantis du secteur privé des affaires. Du coup, la plupart des professionnels haïtiens sont tantôt contraints de migrer ou se vouer à la corruption.
En cela, le travail en Haïti est pris entre la banalisation et le chômage déguisé. Donc, le 1er mai reste un simple jour de congé et récréatif, et une occasion où des membres des gouvernements dilapident des fonds du trésor public… en faisant des propagandes pour la production nationale.
Le travail et l’agriculture
Cette association du travail avec l’agriculture le 1er mai est révélatrice d’un ordre économique haïtien dans le passé dominé par le travail agricole. Sous l’assaut de l’impérialisme américain, l’agriculture comme activité dominante de l’économie haïtienne est graduellement mise à genoux et occasionne une migration excessive vers la métropole de Port-au-Prince. De là, on assistait à une réadaptation du travail haïtien, concentré à Port-au-Prince ; avec une ponction sur les usines de sous-traitance, le travail domestique (travay kay madanm) et le commerce informel.
Il faut reconnaître qu’on ne peut pas organiser la Production Nationale exclusivement autour de l’agriculture (comme certains veulent le faire croire) ou du moins targuer que le travail agricole est le seul moyen de relever l’économie nationale. Cependant, l’agriculture représente une fenêtre d’opportunité tant sur le plan national qu’international. On admet volontiers que les enjeux ont évolué par rapport à il y a de cela 50 ou 60 ans mais, le pullulement des produits cancérigènes et la demande de certains produits sur le marché international nous invitent à une reconsidération des intérêts accordés de nos jours à l’agriculture. Si pour les nantis d’Haïti l’investissement dans l’agriculture comporte des risques trop énormes pour s’y lancer, la situation occasionnée par le Covid-19 montre que se doter de ses propres moyens de subsistance sur le plan national est le risque qu’il faut encourir.
En outre, il ne s’agira pas uniquement de repenser l’agriculture et créer de l’emploi mais, il nous faut la volonté de refonder la nation sur des bases de justice sociale et de prospérité. On devra se confronter à la lourde tâche de repenser le fondement du travail dans le pays. Cette œuvre n’est nullement l’apanage d’un petit groupe car elle doit être inscrite dans un projet national écrit à l’ancre forte de tous les fils et de toutes les filles du pays. Pour ce, un « Chita Tande » est indispensable où toutes les couches de la société auront un mot à dire pour faire d’Haïti : une fière nation.