30/08/2025
Genre : Roman - 2024
Résumé :
« Je suis la véritable trace, le plus solide des indices attestant de tout ce que nous avons vécu en dix ans en Algérie. Je cache l’histoire d’une guerre entière, inscrite sur ma peau depuis que je suis enfant. »
Aube est une jeune Algérienne qui doit se souvenir de la guerre d’indépendance, qu’elle n’a pas vécue, et oublier la guerre civile des années 1990, qu’elle a elle-même traversée. Sa tragédie est marquée sur son corps : une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. Muette, elle rêve de retrouver sa voix.
Son histoire, elle ne peut la raconter qu’à la fille qu’elle porte dans son ventre. Mais a-t-elle le droit de garder cette enfant ? Peut-on donner la vie quand on vous l’a presque arrachée ? Dans un pays qui a voté des lois pour punir quiconque évoque la guerre civile, Aube décide de se rendre dans son village natal, où tout a débuté, et où les morts lui répondront peut-être.
Mon avis :
Jeune Algérienne de vingt-et-un ans, rescapée mutilée de la guerre civile, Aube témoigne des atrocité perpétuées durant les années noires.
Cependant, condamnée au silence dans un monde où seul l’homme a des droits, c’est à l’enfant qu’elle porte en elle qu’elle confie ses douloureux souvenirs et ses remords.
Dan ce roman poignant (le poignard y est luisant), Kamel Daoud dénonce l’injustice d’une vie fondée sur les bases fanatiques d’une religion dévoyée, où un Dieu intransigeant condamne la fille, l’épouse, la sœur à n’être que l’ombre de son père, de son mari, de ses frères.
Seule la voix intérieure de l’héroïne, cachée sou le voile de sa renaissance coupable, nous parvient, sincère, intègre et lumineuse pour témoigner de la situation tragique dans laquelle est engluée la femme dans une société résolument patriarcale.
Jean-Pierre Mabille