07/07/2023
N°11.
𝗥𝗲𝘁𝗿𝗮𝗶𝘁 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗠𝗶𝗻𝘂𝘀𝗺𝗮 : 𝗥𝗲𝗴𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗰𝗿𝗼𝗶𝘀𝗲́𝘀 𝗱’𝘂𝗻 𝘂𝗻𝗶𝘃𝗲𝗿𝘀𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲.
Le Pr. Abdoul SOGODOGO , vice doyen de la et President du mouvement , s’exprime dans les colonnes du journal L’ .
« 𝗟𝗲 𝗠𝗮𝗹𝗶 𝘃𝗮 𝗱𝗲𝘃𝗼𝗶𝗿 𝘁𝗿𝗮𝘃𝗮𝗶𝗹𝗹𝗲𝗿 𝗮̀ 𝘂𝗻𝗲 𝗱𝗶𝗽𝗹𝗼𝗺𝗮𝘁𝗶𝗲 𝗯𝗶𝗹𝗮𝘁𝗲́𝗿𝗮𝗹𝗲 𝗼𝗿𝗶𝗲𝗻𝘁𝗲́𝗲 𝘃𝗲𝗿𝘀 𝗹𝗮 𝘀𝗲́𝗰𝘂𝗿𝗶𝘁𝗲́ 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝗱𝗲́𝘃𝗲𝗹𝗼𝗽𝗽𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁».
En tant que Malien, il est toujours difficile de commenter en temps réel une décision aussi importante du Conseil de sécurité sur le processus de paix et de stabilisation du Mali. Les enjeux sont énormes sur le plan sécuritaire, économique et humain au Sahel et au Mali. Pour le Mali, à défaut d’obtenir un mandat robuste (engagement direct dans la lutte contre le terrorisme) de la Minusma, cette mission ne ramait plus dans le sens de la nouvelle marche énoncée par la Transition.
Cette demande de retrait de la Minusma du Mali semble être soutenue par l’écrasante majorité de la population et une partie de l’élite politique.Le retrait de la Minusma a certainement été planifié par les autorités maliennes.
Dans l’immédiat, le retrait de la mission de maintien de la paix va entraîner des changements dans la dynamique de lutte contre le terrorisme et la gestion de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger.
En sortant d’un cadre multilatéral (Minusma) jugé peu efficace en matière de sécurisation des populations et leurs biens, le Mali va devoir travailler profondément à une diplomatie bilatérale orientée vers la sécurité et le développement économique. Les pays du BRICS, (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) semblent être les partenaires stratégiques du Mali dans un contexte d’isolement voulu par le bloc occidental. Il s’agit pour le Mali de tirer le meilleur profit de cette proximité avec certains de ces pays.
La centralité de la diplomatie n’a jamais été aussi évidente pour le retour de la paix et la stabilité. Il s’agit de mobiliser les ressources importantes à ce niveau pour pacifier des relations compliquées, consolider les bons rapports de voisinage (Algérie, Burkina Faso, Guinée, etc.) et inspirer une refonte de la Cedeao pour en faire un véritable outil de sécurité collective, voire une institution de démocratisation et de développement.
La grande inconnue de ce retrait brusque, c’est le comportement des acteurs armés sur le terrain. Comment les groupes armés terroristes et ceux éligibles au dialogue politique avec l’état malien vont ils se comporter sur le terrain ? Qui va occuper les emprises laissées par la Minusma notamment le deuxième camp militaire de Kidal après son départ ?
Sur le plan socio-économique, l’état doit anticiper pour résorber le chômage des quelques milliers d’employés de la Minusma qui seront sans emploi, ça peut être une bombe à retardement. Enfin, la question la plus importante que beaucoup d’observateurs se posent est de savoir si le départ de la Mission va engendrer la reprise des hostilités militaires sur le terrain. De mon point de vue, je ne le pense pas.
Hameli Bieleu dans « Politique de défense et sécurité nationale du Cameroun » nous enseigne qu’«il est nécessaire d’identifier les menaces et nommer le porteur de ces menaces, son agresseur potentiel ou réel, de lui adresser, de lui opposer, la riposte la plus ferme. Votre volonté de sauvegarder au prix du sacrifice suprême, l’objet de votre amour. Cet objet peut être matériel, votre territoire ou immatériel votre indépendance, votre souveraineté. Pour lever toute équivoque sur votre volonté de vous défendre, il est nécessaire de faire connaître à votre agresseur potentiel la nature des moyens qui lui seront opposés et lui faire voir ou envisager les dommages que vous lui infligerez, lesquels n’auront aucune commune mesure avec l’objet de sa convoitise. En un mot, il faut le dissuader de vous attaquer» (cité par Mohamed et Hamidou Doumbia dans leur ouvrage : “Les Maux et les Remèdes de l’Afrique”). La guerre tant attendue n’aura pas lieu, car chacun aura pris la mesure de la puissance de feu de l’une ou l’autre partie.
La mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation après la décision de retrait dépendra de plusieurs facteurs, tels que l’engagement des parties signataires (CMA, Plateforme et gouvernement malien) et le soutien de la communauté internationale (l’équipe de médiation dirigée par l’Algérie). De toute évidence, il est essentiel que les parties concernées continuent de travailler ensemble pour surmonter les défis et maintenir l’élan du processus de paix, même en l’absence de la Minusma.
Dans la nouvelle résolution (2690) du 30 juin du Conseil de sécurité acceptée par le Mali, il est demandé au gouvernement du Mali de s’engager à élaborer un plan de transfert des tâches de la Minusma, compte tenu de la contribution éventuelle de l’équipe de pays des Nations unies, du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et d’autres parties prenantes, pour suivre l’Accord, et le présenter au Conseil de sécurité d’ici le 15 août 2023. Il s’agit donc de suivre quelle orientation le Mali va adopter dans cette perspective.
Toutefois, le dialogue, la coopération et l’engagement envers les objectifs de l’Accord (DDR, amélioration de la gouvernance, etc.) restent cruciaux pour parvenir à une paix durable.
https://lessor.ml/posts/retrait-de-la-minusma-regards-croises-dun-universitaire-et-dun-ancien-diplomate-64a3cec5bcede