09/10/2023
Appel à la paix et à la réconciliation au Mali (Une contribution du président de la CMI sur un forum des ressortissants du nord du Mali)
Bonsoir à tous,
Je tiens à remercier sincèrement tous les participants pour les débats et l'assemblée générale, qui contribueront certainement à améliorer les relations entre nous.
J'ai eu la chance de participer aux négociations ayant conduit à la signature de l'Accord pour la Paix et la Réconciliation issu du processus d'Alger (APR). Je peux affirmer qu'il ne résout pas tous les problèmes entre les maliens, mais demeure un outil qui aurait pu permettre aux maliens de progresser dans la construction de la paix et de la cohésion sociale. Il est malheureux de constater que l'APR a été utilisé, et continue de l'être, par les hommes politiques pour régler leurs comptes politiques. Il a été qualifié d'accord de partition du Mali, d'accord favorisant uniquement les régions du nord du Mali au détriment des régions du sud, d'accord pour les Touaregs et les Arabes, d'accord contre les Noirs du nord du Mali, d'accord pour la CMA et contre les autres mouvements soutenant le gouvernement. Cet accord, incompris par la plupart des Maliens, a été diabolisé par les politiciens qui ont préféré la guerre, la mort des maliens, la haine plutôt que la paix, la réconciliation et le vivre ensemble.
Les détracteurs de l'accord ne se résument pas seulement aux hommes politiques, certains responsables de mouvements signataires ont utilisé toutes leurs mauvaises intentions pour éviter tout progrès dans la mise en œuvre de l'accord. Ils ont usé de toutes les formes de chantage nécessaires pour saboter les avancées de cet accord. Pourtant, grâce à cet accord, les mouvements ont été considérés comme des acteurs importants, voire des acteurs privilégiés de la nation. Par exemple, ils ont participé à la désignation du président de la transition (Ba Ndao), ils ont pris part au gouvernement de transition et y siègent encore aujourd'hui, ils sont toujours membres du CNT, ils ont participé à la désignation des autorités intérimaires, ils ont désigné des conseillers spéciaux des gouverneurs et ont intégré des éléments dans l'armée malienne à travers le MOC. Sans oublier les promesses tenues par le gouvernement de la transition lors de la rencontre niveau décisionnel entre le gouvernement de la transition et les mouvements signataires.
Tous ces acquis ne représentent pas grand-chose pour certains mouvements qui, de provocation en provocation, ont fini par reprendre les armes contre le Mali.
La communauté internationale quant à elle, a utilisé toute son influence pour maintenir l'accord comme un moyen d’ingérence, mais lorsqu'elle a perdu ce rôle, elle a abandonné l'Algérie seule face à ses responsabilités de chef de file d'une médiation internationale qui n'a jamais arbitré entre les parties.
L'État du Mali, plus courtois et généreux envers ses détracteurs qu'envers ses amis, a fini par céder et privilégier l'usage de la force plutôt que le dialogue.
Voilà où nous en sommes !
Nous sommes en guerre, entre maliens et entre maliens et terroristes.
Cette guerre, qui a déjà fait trop de victimes civiles et militaires, cette guerre qui engendre chaque jour des veuves et des orphelins, cette guerre qui provoque le déplacement interne de nos concitoyens, cette guerre qui empêche à nos enfants d'aller à l'école, cette guerre qui ne cause que des pertes est encore évitable.
La solution qui est de revenir à la paix réside dans le retour à l'APR. Cet accord est perfectible, mais il vaut mieux que cette guerre sans victoire, car toutes les victimes sont des Maliens. Privilégions la paix en préservant l’APR.
Le Président du Mouvement Ganda Izo et de la Coordination des Mouvements de l'Inclusivité (CMI)
Mohamed Attaïb Sidibé