22/04/2026
"..Si le groupe Empain ne paraît pas, dans l'état actuel de notre documentation, s'être intéressé à la chose, les deux frères [Albert et Maurice] Eid, par contre, intervinrent à plus d'une reprise en ce sens.
C'est précisément par un ensemble de notes remises au cardinal en février 1919 par Alfred Eïd (6) que débute le dossier des Archives Mercier qui est à la base de cette communication.
Eïd, qui se référait à un entretien précédent qu'il avait eu avec le cardinal (x), lui faisait parvenir, outre la copie de plusieurs articles sur la question et d'un mémorandum qu'il avait remis au ministre de Broqueville en juin 1916, une « note historique » relatant ses diverses interventions au cours de la guerre en vue de suggérer l'octroi à la Belgique d'un mandat sur la Palestine (2) et un rapport intitulé Dangers d'un État juif en Palestine. La note historique était de nature à donner au cardinal l'impression que l'affaire était déjà relativement bien emmanchée et que même l'actuel ministre des Affaires étrangères, Paul Hymans, l'avait envisagée avec intérêt, ce qui, comme on vient de le voir, était loin d'être tout à fait exact. Quant au rapport sur les dangers, non seulement religieux mais également politiques, que présentait le programme sioniste, Eïd y développait des arguments en partie semblables à ceux de Neuray, mais en mettant davantage l'accent sur le point de vue arabe : les Juifs, d'origine chaldéenne, n'ont pas le droit de se réinstaller en Palestine, qu'ils avaient conquise puis perdue, au détriment des Arabes, qui non seulement y habitent seuls depuis vingt siècles, mais qui, d'origine cananéenne pour la plupart, constituent la véritable population aborigène ; la création d'un État juif signifierait donc le dépouillement d'un peuple par expropriation ou expulsion, au profit d'une minorité étrangère, ce qui serait contraire au « droit des peuples à disposer librement d'eux mêmes» proclamé par le président Wilson et admis par les gouvernements alliés. En outre, réclamant la Palestine comme la Terre promise par Moïse, les Juifs établiraient forcément leur État sur une base religieuse, au détriment des deux grandes religions dominantes actuellement dans le pays, le christianisme et l'islam, qui se trouveraient places des lors en état d'inferiorité. Et les alliés occidentaux sont de droit de faire valoir encore d'autres craintes en constatant que ce sont des Juifs originaires d'Allemagne, de Pologne, de Roumanie et de Russie qui émigrent le plus vers la Palestine : « Tous parlent le yeddish, dialecte bas-allemand, et le parleront encore pendant une ou deux générations au moins, d'où quasi certitude pour l'Allemagne [. . .] de faire de la Palestine une véritable colonie allemande. En outre, ne craindrait-on pas l'arrivée des Juifs de Russie, qui ont formé le bolchevisme ? ».
Et de conclure que la meilleure solution serait d'octroyer à la Palestine autonome une charte internationale qui serait garantie par les grandes puissances, lesquelles en confiraient la bonne exécution à la Belgique, petite puissance sans intérêts coloniaux en Méditerranée, constituée de la sorte gardienne de la Terre-Sainte.
Pas un mot d'éventuels avantages économiques dans cette note destinée à alerter Mercier. C'est la fibre patriotique, anti-allemande, et a la fibre catholique, anti-juive, du cardinal qu'Eid entendait s'adresser.."