14/08/2026
Monsieur Idrissa Seck,
Je vous écris avec beaucoup de respect, mais aussi avec une certaine frustration. Et je crois que beaucoup de vos militants et sympathisants ressentent la même chose, même s’ils n’osent pas toujours vous le dire.
Vous êtes un homme politique que l’on ne présente plus. Votre parcours, votre intelligence, votre éloquence et votre connaissance de l’État sont connus de tous ceux qui suivent la politique sénégalaise depuis plusieurs années.
Vous avez été ministre, directeur de cabinet du président Abdoulaye Wade et Premier ministre du Sénégal. Vous avez connu le pouvoir, ses exigences, ses contraintes et ses responsabilités.
Et c’est justement pour cela que votre silence actuel nous interpelle.
Que vous est-il arrivé, Monsieur Seck ?
Depuis presque deux ans, on a parfois l’impression que vous avez décidé de vous mettre volontairement à l’écart. Pendant que le pays discute de son économie, de sa jeunesse, de son avenir, de ses difficultés et de ses choix politiques, votre voix se fait étonnamment rare. Pendant ce temps, vos militants attendent. Vos sympathisants attendent. Ceux qui ont cru en vous attendent. Et parfois, je me demande si vous mesurez réellement ce que représente cette attente. Parce qu’au fond, ce qui nous déçoit n’est pas votre silence en lui-même. C’est de savoir que vous avez encore tellement de choses à apporter au Sénégal. Vous avez une expérience que beaucoup de responsables politiques actuels n’ont pas encore. Vous avez été aux responsabilités à une période où le Sénégal connaissait déjà d’importantes transformations économiques. Votre passage à la Primature s’est inscrit dans une période de croissance et de grands projets qui ont contribué à modifier progressivement le visage du pays.
On peut discuter votre bilan. On peut discuter les responsabilités de chacun dans les résultats obtenus. C’est normal en démocratie mais personne ne peut raisonnablement nier que vous avez accumulé une expérience considérable de la gestion de l’État.
Alors pourquoi garder cette expérience pour vous ?
Pourquoi laisser cette génération politique se débrouiller seule alors que vous pourriez au moins lui transmettre ce que vous avez appris ? C’est là que se trouve, à mon avis, votre véritable responsabilité aujourd’hui. Peut-être que vous ne souhaitez plus être au premier plan. Peut-être que vous êtes fatigué des querelles politiques. Peut-être que vous avez simplement besoin de prendre du recul mais même dans ce cas, vous avez quelque chose que personne ne peut vous retirer : votre expérience. Cette expérience ne vous appartient plus complètement. Elle appartient aussi au Sénégal. Elle appartient aux jeunes militants qui veulent comprendre comment fonctionne réellement l’État. Elle appartient à ceux qui cherchent une autre manière de faire de la politique. Elle appartient à ceux qui vous ont suivi pendant des années et surtout, elle appartient à cette jeunesse qui a besoin de modèles, de références et de personnes capables de lui transmettre autre chose que des slogans.
Monsieur Seck, ne laissez pas votre histoire s’arrêter là.
Je ne vous demande pas de revenir simplement pour faire des discours. Vous êtes suffisamment expérimenté pour savoir que les beaux discours ne suffisent pas. Je vous demande de revenir avec des idées.
Parlez-nous d’économie. Parlez-nous d’emploi. Parlez-nous d’industrialisation. Parlez-nous de l’agriculture. Parlez-nous de la dette, de l’investissement, de la formation et de la place du Sénégal dans le monde. Dites-nous ce que vous feriez aujourd’hui si vous aviez la responsabilité de conduire le pays et surtout, transmettez votre expérience à ceux qui viendront après vous. Parce que je crois sincèrement que votre plus grand héritage ne sera pas le nombre d’élections que vous aurez remportées ou perdues. Votre véritable héritage sera ce que vous aurez transmis.
Permettez-moi une petite provocation, puisque vous êtes connu pour votre intelligence et votre goût des formules bien construites.
Monsieur Seck, vous avez tellement disparu de la scène qu’un jour vos militants finiront par organiser une conférence de presse pour demander : « Est-ce que quelqu’un sait où est notre leader ? » Nous en ririons peut-être. Mais derrière cette plaisanterie se cache une vraie inquiétude. Parce que pendant que vous vous taisez, le temps passe. En politique, le temps est parfois plus dangereux qu’un adversaire. Les générations changent. Les électeurs changent. Les priorités changent. Les idées changent. Celui qui reste trop longtemps silencieux risque de voir son héritage être raconté par d’autres. Ne leur donnez pas cette occasion. Vous avez encore une voix. Vous avez encore une expérience.Vous avez encore des choses à dire et vous avez encore des hommes et des femmes qui croient en vous. Alors revenez vers eux. Écoutez-les. Discutez avec eux. Acceptez même leurs critiques. Ils ne vous demandent pas d’être parfait. Ils vous demandent simplement d’être là.
Car un véritable leader ne se reconnaît pas seulement lorsqu’il est au sommet. Il se reconnaît aussi lorsqu’il sait revenir vers les siens après une longue période de silence.
Monsieur Idrissa Seck,
le Sénégal n’a peut-être pas besoin d’un homme politique de plus, il a certainement besoin de votre expérience, de votre intelligence et de votre capacité à réfléchir autrement aux problèmes du pays. Alors, si vous avez encore cette ambition de contribuer au développement du Sénégal, ne la gardez pas enfermée dans votre silence. Sortez, parlez, expliquez, transmettez. Donnez-nous une raison de croire que votre meilleur chapitre politique n’est peut-être pas encore derrière vous. Parce qu’après tout ce parcours, ce serait vraiment dommage que l’histoire retienne de vous un grand talent qui s’est finalement contenté de regarder le Sénégal avancer sans lui même si les bases solides de cet élan de développement ne fussent que les prémices de vos grands projets de développement.
Nous ne vous demandons pas de revenir pour votre gloire. Nous vous demandons de revenir pour votre pays.