28/05/2025
Dialogue National du 28 Mai 2025
Je vous partage ci-dessous l’intégralité de mon discours prononcé ce jour, à l’ouverture du Dialogue national.
Je l’ai exprimé avec fidélité à mes convictions, en tant qu’opposant républicain attaché au respect des libertés, à la stabilité des institutions, à la prospérité du pays, et à l’intérêt supérieur du Sénégal.
OUVERTURE DU DIALOGUE NATIONAL
Discours de Monsieur Amadou BA
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil constitutionnel,
Mesdames, Messieurs les chefs des institutions judiciaires ;
Monsieur le Médiateur de la République,
Monsieur le Président du Conseil National de Régulation de
l’Audiovisuel (CNRA),
Monsieur le Président de la Commission Électorale Nationale
Autonome (CENA),
Autorités militaires et paramilitaires,
Autorités religieuses et coutumières,
Chers participants ;
Permettez-moi de saluer, d’emblée, l’initiative de ce
Dialogue national. Malgré les turbulences, elle est un
geste d’ouverture à magnifier. Nous, opposition
républicaine, y prenons part, non par naïveté, mais par
fidélité à nos principes, par foi en l’avenir, et par amour
pour notre patrie.
Oui, le climat est tendu. Oui, les arrestations, les
restrictions des libertés interpellent. Mais justement :
plus le contexte est difficile, plus le dialogue devient une
nécessité. Refuser de dialoguer, c’est entretenir
l’impasse. Y prendre part, c’est assumer sa
responsabilité devant la Nation.
Ce dialogue s’organise autour de trois grands axes.
Le premier est celui des libertés publiques. Mais,
que vaut une démocratie où l’on arrête les opposants sans
ménagement ? Où des journalistes, des chroniqueurs sont
convoqués, parfois détenus, pour avoir fait leur travail ?
Nous appelons à un pacte national de pacification
politique, fondé sur la libération des détenus politiques
l’indépendance des médias, et des procédures judiciaires
perçues comme justes et impartiales.
Le second axe porte sur le système électoral.
Donnons à la CENA les moyens et l’indépendance qui
s’imposent.
Donnons réalité au statut de l’opposition et de son
chef.
Et sur l’inscription automatique des jeunes majeurs
au fichier électoral, nous estimons qu’une telle réforme,
aux implications profondes, doit faire l’objet d’un
consensus fort.
Le troisième axe, c’est la refonte institutionnelle. Il
est temps de rendre nos institutions plus légitimes. Cela
suppose de renforcer la proportionnelle dans
l’élection des députés, et/ou d’introduire un second
tour dans le scrutin majoritaire.
De même, la Haute Cour de Justice doit être réformée
: sa composition, aujourd’hui alignée sur la majorité
parlementaire, ne garantit pas l’impartialité attendue.
Au demeurant, n’oublions pas que c’est notre système
démocratique actuel qui a permis les grandes alternances
de notre histoire. Il a porté au pouvoir les
gouvernants d’hier, comme il a permis l’accession
du pouvoir actuel. C’est un héritage précieux, fruit des
luttes, des réformes, des sacrifices consentis au fil des
décennies.
Que l’on soit du pouvoir ou de l’opposition, nous devons
ensemble préserver cet acquis.
Mais au-delà des questions politiques, l’enjeu
central reste l’économie. C’est pour cela que j’avais
souhaité et proposé l’inscription de cette question à
l’ordre du jour du présent dialogue. J’espère et
souhaite vivement une mobilisation de tous les
acteurs autour de ce sujet. Le Sénégal fait
actuellement face à des pertes d’emplois, à une dette
croissante et à une situation budgétaire préoccupante, sur
fond de vulnérabilité externe.
On peut ne pas s’entendre sur les causes, mais il faut
qu’on s’accorde sur des solutions.
Ainsi, le nouveau référentiel stratégique de
l’action publique doit être mieux partagé, pour
améliorer sa mise en œuvre.
De même, un Pacte national pour l’emploi
productif qui mobilise tous les acteurs autour des
secteurs à fort potentiel serait opportun.
Enfin, la réforme de la politique budgétaire me
semble nécessaire et urgente. Elle ne peut plus attendre,
il y va de notre souveraineté.
Toutes ces questions pourront faire l’objet d’échanges
ultérieurs.
Toutefois, permettez-moi de faire noter qu’aucun levier
de relance ne fonctionnera dans un climat d’instabilité
politique et social, au surplus dans un environnement
international instable.
Le Sénégal ne peut plus agir par séquences.
Il n’a plus le luxe du temps long : tout doit être
engagé en même temps.
Cela exige une administration remobilisée et prête à
se dépasser.
L’adhésion de la grande majorité de la population est
indispensable. Il faut parler à l’âme de la Nation,
consolider le lien social, apaiser les tensions. Il faut
qu’on se parle en toute sincérité.
Et, sur le plan international, nous devons renforcer
nos partenariats dans un esprit de dignité, de confiance
et d’efficacité.
Sur le plan social, la signature du Pacte de stabilité a
été un pas important. Allons plus loin : une conférence
sociale nationale pourrait favoriser la création massive
d’emplois.
Enfin, je terminerai par la reddition des comptes.
Aujourd’hui, nous traversons une séquence marquée par
des révélations : audits publiés, erreurs exposées,
pratiques dénoncées. L’histoire récente nous montre que
ces vagues émotionnelles sont cycliques : à chaque
alternance, les mêmes scandales, les mêmes sanctions,
puis l’oubli. Et on recommence.
Tirant les leçons, nous devons engager des réformes pour
mieux protéger le patrimoine de l’État, au-delà des
régimes et des contingences politiques.
Chers compatriotes,
Je rêve d’un Sénégal où l’opposition est écoutée,
pas écartée. Où le débat est loyal, pas agressif. Où la
critique est utile, pas criminalisée.
Le Sénégal a besoin de nous tous. Majorité, opposition,
société civile, forces vives. C’est ensemble que nous
pouvons bâtir un avenir de stabilité, de progrès et de
dignité.
Je vous remercie