13/07/2026
LA LUTTE POUR LE POUVOIR AU PRIX DE NOTRE STABILITÉ SOCIALE.
La conquête et l'exercice du pouvoir ne devraient jamais se faire au détriment de la stabilité sociale, de la cohésion nationale et de la confiance des citoyens dans les institutions de la République.
À mes yeux, les premières fissures sont apparues lorsque les partis politiques légalement constitués et les mouvements ayant participé à la dynamique de Diomaye Président ont assisté, sans véritable réaction, à la décision du PASTEF, fraîchement réhabilité, de se présenter seul aux élections.
Ce choix a été perçu par beaucoup comme une volonté de marginaliser les alliés qui avaient contribué à la victoire de l'alternance.
L'objectif semblait être de recentrer toute la dynamique politique autour du PASTEF et de son principal leader, Ousmane Sonko, reléguant progressivement le Président Bassirou Diomaye Faye à un rôle plus étroit au sein de son propre camp. Le départ du Président de son poste de Secrétaire général du parti peut ainsi être interprété comme une volonté de préserver son statut d'arbitre institutionnel et de Président de tous les Sénégalais.
Au fil des mois, les divergences se sont exprimées publiquement.
La guerre des mots a progressivement créé une distance entre deux hommes que les Sénégalais avaient pourtant vus comme un tandem indissociable.
Dans toute démocratie, le Président de la République demeure le garant des institutions et de l'autorité de l'État. Il peut difficilement accepter que son autorité soit constamment remise en question.
De l'autre côté, ceux qui estiment avoir largement contribué à la conquête du pouvoir souhaitent naturellement peser sur les grandes orientations politiques. C'est là que naissent les tensions lorsque les rôles ne sont plus clairement définis.
La loyauté demeure pourtant une valeur essentielle en politique. Il est important de rester fidèle à ses engagements, à son histoire et aux sacrifices consentis ensemble. Mais la patience est également une vertu indispensable.
Les bâtisseurs d'une alternance doivent parfois accepter que le temps des institutions ne soit pas celui de la mobilisation politique.
La pédagogie nous enseigne qu'un bon maître ne cherche pas à éclipser son élève. Il l'accompagne, le protège, le conseille et le laisse grandir jusqu'à devenir pleinement responsable.
La transmission du pouvoir, comme l'exercice de l'autorité, exige du tact, de la retenue et de la confiance mutuelle.
Aujourd'hui, le risque est de vouloir faire du neuf avec les méthodes du passé, sans prendre toute la mesure des exigences de l'État. Gouverner un pays ne consiste pas seulement à mobiliser les foules ; cela suppose une compréhension profonde de la haute administration, des équilibres institutionnels, des relations internationales et des contraintes économiques.
On ne gouverne pas durablement dans la précipitation.
Les difficultés conjoncturelles, notamment celles qui touchent la jeunesse, exigent des réponses réfléchies plutôt que des affrontements permanents.
Imaginons une maison où le propriétaire construit une cuisine moderne et recrute un grand chef pour nourrir toute sa famille. Si, par impatience, il décide d'intervenir constamment dans la préparation des repas, de remplacer le chef ou de lui imposer sa manière de cuisiner, c'est finalement toute la famille qui risque de souffrir de repas de moindre qualité.
Le propriétaire fixe la vision ; le chef met en œuvre son savoir-faire.
Lorsque chacun reste à sa place, l'intérêt collectif est préservé.
La communication politique répond à la même logique. Un message, aussi pertinent soit-il, perd de sa force lorsqu'il manque de méthode, de pédagogie et de mesure. Les incompréhensions s'accumulent, les tensions grandissent et les erreurs deviennent inévitables.
L'histoire politique du Sénégal rappelle pourtant que les grandes alternances ont été obtenues au prix d'importants sacrifices. Abdoulaye Wade affirmait qu'il n'accéderait jamais au pouvoir « en marchant sur des cadavres ».
Plus récemment, la seconde alternance s'est construite dans un contexte marqué par de fortes tensions, des affrontements et des pertes en vies humaines.
Ces événements doivent aujourd'hui nous servir de leçon. La démocratie ne devrait jamais se mesurer au nombre de victimes, ni lors de la conservation du pouvoir, ni lors de sa conquête.
La vie humaine doit demeurer la valeur suprême. Les divergences politiques doivent être réglées par le dialogue, le respect des institutions et la responsabilité des dirigeants.
Le Sénégal a toujours su faire de la stabilité et du dialogue des marqueurs de son identité démocratique. Préservons cet héritage.
Les ambitions individuelles, aussi légitimes soient-elles, ne doivent jamais prendre le pas sur l'intérêt supérieur de la Nation.
Dr Abdou DIOUF
President du Parti APC
Acteurs du Progrès et de la citoyenneté
Coordonnateur Départemental de la Coalition Diomaye Président.