11/02/2026
De Ousmane Sow
Coordonnateur JPS Médina
Ancien Étudiant FASEG
Ce qui nous différencie d’eux
Il y a des moments où une Nation est mise face à elle-même. Non pas pour savoir qui gouverne, mais pour savoir ce qu’elle est devenue.
La différence entre eux et nous ne tient pas à une couleur politique. Elle tient à une posture morale.
Nous avons condamné les bavures policières lorsque nous étions dans l’opposition. Nous les condamnons aujourd’hui au pouvoir. Parce qu’un principe ne change pas avec le fauteuil.
Eux les acceptaient hier au nom de « l’ordre », et les dénoncent aujourd’hui au nom de l’opportunité.
Nous avons un ministre de l’Intérieur qui exprime publiquement son indignation face à un excès de zèle.
Eux avaient un ministre qui répétait mécaniquement « force reste à la loi », sans jamais laisser transparaître la moindre émotion devant des vies brisées.
Nos militants et sympathisants débattent, interrogent, critiquent, analysent. Ils cherchent à comprendre, à situer les responsabilités, même lorsque cela dérange leur propre camp.
Les leurs suivaient en rang serré, souvent dans une mauvaise foi assumée, défendant l’indéfendable au nom d’une loyauté aveugle.
Nous n’avons pas peur de dire qu’une décision peut être maladroite, qu’une communication peut être insuffisante, qu’un acte peut être disproportionné.
Eux validaient tout, justifiaient tout, excusaient tout.
Cela ne signifie pas que nous sommes parfaits. L’exercice du pouvoir est une épreuve rude. Il expose, il révèle, il oblige à apprendre vite. Mais apprendre ne veut pas dire fermer les yeux. Apprendre signifie corriger.
Prenons un exemple : l’image de la main gravement endommagée d’un étudiant a bouleversé le pays. L’émotion fut immédiate, légitime, humaine. Puis la diffusion d’une vidéo a montré les circonstances réelles de l’accident. Ceux qui ont été émus de bonne foi ont-ils eu la sagesse de réexaminer leur jugement ?
La responsabilité citoyenne commence aussi par l’honnêteté intellectuelle.
Cela dit, ne détournons pas le regard : un étudiant est mort. Et cela reste inacceptable. Une mort évitable. Une mort de trop.
Mais au-delà de l’émotion et des postures, il faut poser le vrai débat : notre système éducatif, notamment universitaire, souffre de problèmes structurels profonds. Calendriers chaotiques, gouvernance fragile, communication déficiente, politisation excessive des tensions. Nous dénonçons les écarts lorsqu’ils existent, mais nous devons aussi avoir le courage d’affronter les réformes lourdes que personne n’ose porter.
Être différents, ce n’est pas se prétendre supérieurs.
C’est refuser l’hypocrisie, l’impunité et la manipulation.
Nous ne cautionnerons jamais les bavures policières. Encore moins la mort d’un étudiant. Mais nous ne laisserons pas non plus la douleur être instrumentalisée.
Paix à l’âme d’Abdoulaye Ba.
Que sa disparition, tragique et évitable, serve au moins à imposer un sursaut : celui d’un enseignement supérieur réformé, d’un dialogue permanent, et d’un État qui protège sans brutaliser.
Si nous voulons réellement être différents, alors nous devons être plus justes, plus lucides, et plus exigeants d’abord envers nous-mêmes.